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mercredi 3 avril 2024

Préparation du 4 avril dans les Hautes-Pyrénées

 
La CGT et l’intersyndicale appellent à un rassemblement devant la permanence du député Benoît Mournet, ce jeudi 4 avril à 15 heures, dans le cadre de la journée de grève et de manifestation dans les secteurs du social, du médico-social et de la petite enfance.

"Une forte mobilisation, conséquence d’une colère profonde" est attendue par la CGT pour la journée intersyndicale de grève et de manifestation dans les secteurs du social, du médico-social et de la petite enfance ce jeudi 4 avril. En effet, ces secteurs ont été fragilisés par la crise sanitaire et confrontés à "de nombreuses démissions", au détriment des personnels en activité qui sont "usés physiquement et psychiquement".

"Alors que le bateau est en train de couler, le gouvernement essaie de mettre des rustines" ou "des pansements sur des jambes de bois dans un contexte de restriction drastique du budget de la sécurité sociale", déclare Wilfried Zapparoli, secrétaire général de l’USD Santé et action sociale CGT 65.

"Une reconnaissance salariale"
Les syndicats demandent "une reconnaissance salariale" pour tous les travailleurs qui n’ont pas bénéficié du Ségur de la santé. Dans la branche associative sanitaire et sociale, Guilaine Fauché, déléguée CGT à l’IME Château d’Urac, ne veut pas subir "le chantage" d’une négociation du Ségur dans le cadre d’une nouvelle convention collective unique qui nivelle vers le bas". "Nous demandons des salaires décents, alors qu’ils sont bloqués depuis 20 ans et que pour les plus bas, ils se situent en dessous du Smic, dans des métiers exercés à 90 % par des femmes".

"Pour rendre nos métiers et nos secteurs plus attractifs mais aussi fidéliser les salariés, il faut améliorer les conditions de travail et revaloriser les salaires. Nous avons l’impression que nos métiers sont devenus inutiles" souligne David Portola, délégué syndical central à l’ANRAS (Association nationale de recherche et d’action solidaire).

"On a voulu industrialiser le fonctionnement de la santé"
"Il y a une perte de sens au travail. On a voulu industrialiser le fonctionnement de la santé. Mais nous ne travaillons pas avec des boîtes de conserve. Ce sont des êtres humains" s’indigne Valérie Galaud, membre de la commission exécutive de la Fédération santé et action sociale.

"Ce sont surtout les usagers et la population qui pâtissent de ce manque de moyens, avec de plus en plus de jeunes qui sont sur liste d’attente des établissements médico-sociaux. Certains parents sont obligés de trouver des solutions en Belgique ou aux Pays-Bas pour leurs enfants en situation de handicap" explique Stéphane Balanche, secrétaire général CGT à l’ANRAS. L’intersyndicale appelle à un rassemblement devant la permanence du député Benoît Mournet, ce jeudi 4 avril à 15 heures.

 

mardi 27 juin 2023

Reportage sur la pétition des "183€ pour toutes et tous !"

Nos camarades de l'USD CGT de la Santé et Action Sociale de la Haute-Garonne ont sorti leur nouveau journal, et nous sommes fières et fiers d'y retrouver nos camarades de Pargaminière et de l'APF qui expliquent l'injustices dont sont victimes les exclu.es du Ségur, et la pétition que nous avons lancé début juin.

lundi 22 mai 2023

Les enfants placés, poule aux oeufs d’or des agences d’intérim

Un article édifiant de Médiapart 

 

Depuis 2021, une agence d’intérim, Domino Assist’m,a fait effraction dans le monde de la protection del’enfance. Cette entreprise privée remporte sespremiers marchés et compte faire de l’accueil desenfants placés une nouvelle source de profits.

 

De ses missions d’intérim, Philippe (*) a retenu cetteconsigne que lui aurait donnée l’un de sesmanagers :
« On n’est pas là pour faire de la pédagogie. Onest là pour encadrer, surveiller et faire en sorte qu’il sepasse rien. » Sans qualification, doté d’une « petite expérience équivalente à un Bafa », il a joué le rôle d’éducateur dans une maison d’enfants à caractère social (MECS), qui accueillait 40 mineur·es confié·es à l’aidesociale à l’enfance (ASE) dans le département du Calvados.


La structure a fermé ses portes le 23 mars dernier,signant la fin d’une incursion inédite du privé dans la protection de l’enfance. Créé « à titre expérimental », selon la convention encadrant son fonctionnement, cet établissement « éphémère » était géré depuis deux ans par une agence d’intérim : Domino Assist’m, filiale du groupe Domino RH. Une première en France.

Jusqu’à présent, les agences d’intérim se contentaient, la plupart du temps, de mettre à disposition du personnel auprès d’associations de protection de l’enfance agréées. Dans d’autres cas, plus rares, les agences pouvaient prendre en charge quelques mineur·es dans des chambres d’hôtel ou des appartements. Jamais le privé n’avait été chargé de gérer un foyer. 

« Turnover incessant », personnel diplômé « largement minoritaire », contrats « reconduits de semaine en semaine » ... Les documents consultés par Mediapart détaillent la gestion défaillante de cette MECS, montée à la hâte par un opérateur dans un but lucratif.

À l’origine se trouve un marché de dupes conclu par le département du Calvados et le groupe Domino RH. Au sortir des premiers confinements, la collectivité fait face à « un afflux d’enfants placés que l’on ne pouvait même pas imaginer », raconte Marie-Christine Quertier, élue (Horizons) en charge de la protection de l’enfance (une mission confiée en France aux départements). Le nombre de décisions de placement prononcées par la justice en décembre 2020 est multiplié par 4 par rapport à l’année passée. Des dizaines d’enfants en danger sont laissé·es dans leur famille, faute de places.


Au printemps 2021, la collectivité signe dans l’urgence avec l’association Domino Assist’m ASE, une coquille vide créée un mois plus tôt, présidée par Manaf El Hebil, le directeur des opérations de l’agence d’intérim, sans locaux ni personnel dans le Calvados. Elle s’engage àrecueillir les premiers enfants une poignée de jours plustard, avec une « montée en charge progressivegarantissant un accueil total de 40 jeunes » d’ici le moisde juin. « On a atterri dans un gîte, on a nous a dit que c’étaitprovisoire, heureusement car c’était insalubre », raconte une éducatrice. Humidité, murs troués, rambarde cassée,extincteur vide, toilettes bouchées… Contacté, le président de Domino Assist’m ASE pointe «
la difficultéde trouver du foncier dans le Calvados ». Mais « aucun hébergement n’a été choisi sans l’aval du département »,précise Manaf El Hebil


Les éducs prennent la fuite
Le profil de certain·es mineur·es accueilli·es réserve parailleurs quelques surprises aux intérimaires de Domino. « Le public type MECS, c’est des enfants plutôt tranquilles, qui sont scolarisés, qui ont un projet, qui sont là sur le longt erme, explique une éducatrice. Là, c’était très mélangé avec des enfants très violents, qui souffraient de troubles psychiatriques. » Six professionnel·les plient bagage du jour au lendemain. Une intersyndicale organise une manifestation pour lancer l’alerte. L’établissement fait peau neuve, et une « équipe socle » de personnels sestabilise à partir de l’automne 2021.


Mais très vite, un système pernicieux s’installe. Alors qu’elle n’en a pas les moyens, l’agence d’intérim s’engage à assurer un "accueil inconditionnel" : peu importe les traumatismes des mineur·es – passage à l’acte violent, automutilation, problématiques sexuelles, etc. –, tous les profils ont leur place à la MECS. Un rapport d’inspection, daté de mai 2022, le confirme : « Neuf adolescents sonttotalement déscolarisés.
[…] Ceux-ci présentent trèsmajoritairement un profil auto et/ou hétéro agressif et ceavant même leur admission. »


La prise en charge de ces « profils complexes » par les collectivités représente un gouffre financier. Comptez, au minimum, 500 à 600 euros par jour et par enfant dans une petite structure de six à dix places. La facture peut grimper à plus de 1 000 euros par jour pour les jeunes les plus fragiles, gardé·es 24 heures sur 24 par des professionnel·les dans un appartement ou un hôtel. Rien à voir avec le prix de journée pratiqué à la MECS éphémère : 173 euros par jour et par enfant, soit trois à cinq fois moins cher qu’une place dans une structuredédiée à ces mineur·es polytraumatisé·es.
 

Cet accueil low cost « n’était financièrement pastenable », admet Manaf El Hebil. En interne, le présidentde Domino Assist’m ASE fait cependant passer uneconsigne, nous raconte-il : « On y va. Cette MECS, c’estune première, il faut y mettre le paquet. » Son association naissante cherche à s’imposer coûte que coûte comme unpartenaire du département. « L’important, pour nous, c’est de structurer une activité pour répondre à un besoin [de la collectivité], détaille-t-il à Mediapart. On verra laproblématique économique dans un deuxième temps. »


Un accueil low cost

Seulement, cette stratégie n’est pas sans conséquence sur les enfants accueillis à la MECS éphémère. «
La présence éducative n’est pas suffisante pour garantir une prise en charge éducative attendue d’une maison d’enfants à caractère social », note le rapport d’inspection que Mediapart s’est procuré. « De tels effectifs permettent unesurveillance, sous réserve d’un minimum de coopérationdes jeunes, mais pas un travail d’accompagnement éducatif personnalisé. » Par ailleurs, seuls « trois éducateurs » sont diplômés sur les « vingt-cinqintervenants éducatifs ».


De même, lorsque Domino Assist’m décide d’installerdeux jeunes dans des logements en dehors de la MECS « suite à des violences graves au sein de l’établissement »,un contrôle inopiné relève, en juillet 2022, des conditions d’accueil « indignes et incompatibles avec leur statut demineurs faisant l’objet d’une mesure de protection de l’enfance ». Mais, faute de places, le conseil départemental renouvellera la convention de DominoAssist’m jusqu’en mars 2023.


Contacté, le département du Calvados insiste, comme de nombreuses collectivités, sur le fait qu’une partie de ces « cas complexes » devrait être accueillie en pédopsychiatrie, services relevant de l’État. Or, là aussi, les places manquent cruellement, relève un récent rapport de la Cour des comptes.

Selon le conseil départemental du Calvados, cepartenariat inédit avec une agence d’intérim aurait alorsrépondu à une nécessité absolue : « créer des places dansl’urgence ». « Nos opérateurs habituels demandaient desdélais extrêmement longs. Il nous aurait fallu attendre aumoins un an », avance la présidente de la commissionenfance, Marie-Christine Quertier. Confrontée auxnombreux griefs formulés à l’encontre de Domino dansles rapports d’inspection, l’élue finit par s’emporter : « Que voulez-vous que je vous dise ? Que cet établissement n’était pas la panacée ? Il n’y a pas de solution magique. »

« On ne peut pas s’émouvoir d’un côté qu’il existe des listes d’attente et de l’autre que des solutions soient trouvées rapidement », s’agace-t-elle, en écho aux enfants en danger laissés au domicile malgré une décision deplacement prise par la justice.

Les chiffres du département montrent cependant que le recours à un opérateur privé n’a pas suffi à résorber la liste des enfants en attente de placement. Ils étaient 51 à l’ouverture de la MECS éphémère de Domino en mars 2021. Le département en dénombrait 63 en février dernier. 

«Apporter une solution éphémère de 40 places à un déficitstructurel de 100 places, c’est absurde
», dénonce Aurélien Syren, délégué syndical CGT au sein d’une association de protection de l’enfance du Calvados. « D’autant que le département a accepté de faire le jeu d’un opérateur privé qui essaie de faire du profit dans un secteur où personne n’en faisait jusque-là.»

« Il est inquiétant que des collectivités puissent à ce pointminimiser les conséquences de l’entrée d’un acteur dusecteur marchand dans la protection de l’enfance » ,déplore aussi Cyril Durand, membre du bureau deNexem, principale organisation des employeurs dumédico-social. « Le fait que Domino se contente pour lemoment de maigres bénéfices devrait interroger lespouvoirs publics, parce que ça ne durera pas éternellement.Une fois installés, ils seront en capacité de dégager duprofit sur la précarité des enfants. »


La gestion de Domino jugée « satisfaisante » malgré tout

En réponse, le président de Domino Assist’m ASE, ManafEl Hebil, met en avant l’« agilité » de son système : « Quelle association peut se prévaloir de monter unestructure en quinze jours ? »

De fait, malgré les remous suscités par cette effraction du privé dans la protection de l’enfance, la stratégie de Domino Assist’m commence à payer. En juin 2021, l’agence d’intérim signe une convention avec le département de la Mayenne pour l’ouverture d’une nouvelle MECS éphémère. Une ex-intérimaire, qui y a travaillé en pointillé entre l’automne 2021 et mars 2022,se souvient de son sentiment d’être « en roue libre » : « Je me suis retrouvée dans un appartement avec un enfant que je ne connaissais pas : ses pathologies, s’il était sous traitement, son parcours de vie… Zéro information, il fallait que je me démerde », lâche-t-elle, toujours effaréepar ses conditions de travail. « J’ai juste l’impression qu’ona mis ces gamins là pour s’en débarrasser. »

Une mission d’information conduite par des élu·es de la Mayenne relève le manque de qualification de l’équipe éducative (48 % de non-diplômés) et le turn over induit par le recours à des contrats de une semaine. « Ce dispositif permet certes une prise en charge en continu desjeunes et de soulager les foyers ou familles d’accueil mis enéchec antérieurement, estime le rapport consulté par Mediapart. Pour autant, il ne permet pas de prendre enconsidération les réelles problématiques de ces enfants quiont besoin d’un cadre éducatif et social (compétence départementale) et d’une prise en charge médicale (compétence de l’ARS) plus soutenus. »

Malgré tout, la situation des enfants accueilli·es à la MECS est jugée « satisfaisante », révélant au passage les faibles standards du travail social. La convention entre Domino et le département a ainsi été reconduite jusqu’en juin prochain. Un fin connaisseur du secteur l’admet, après lecture des rapports : « C’est globalement moins catastrophique qu’onaurait pu l’imaginer. Les difficultés observées chez Domino jalonnent le quotidien des établissements de protection del’enfance. »
Confrontée à la perte d’attractivité du travail social, de nombreuses associations engagent en effet du personnel non qualifié, y compris dans les structures qui accueillent des enfants au profil complexe.

 

La misère des enfants fait la fortune du privé
« Ce déficit de formation initiale aux besoins de l’enfant età ses droits peut conduire à une mise en danger de l’enfant », pointait un rapport d’information de l’Assembléenationale dès 2019. Mais une
étude récente montre que le recours à l’intérim, quoique décrié, s’est banalisé : 49 %des établissements interrogés déclarent y faire appel. Letout faisant la fortune des entreprises spécialisées dansle travail temporaire.

À croire que, pour certains départements, DominoAssist’m serait à la fois le problème et la solution. Parexemple, la Saône-et-Loire avait recours à l’agence d’intérim pour le suivi de quatre jeunes, des « cascomplexes » – une prestation « négociée sans mise en concurrence » de 402 148 euros hors taxe. « L’objectif » affiché en 2021 par la collectivité était « de sortir de cetteprise en charge Domino ».

La collectivité a alors lancé une série d’appels à projets, notamment pour « un dispositif expérimental d’accueilatypique de 8 places pour des mineurs âgés de 13 à 18 ansprésentant des problématiques spécifiques ». Seule en lice, Domino Assist’m ASE a remporté le lot en octobre 2022. Menaf El Hebil nous confie que le prix de la journée « tourne autour de 260-270 euros », soit près de 100 000 euros par an et par jeune, conformément au cahier des Plenelcharges de la collectivité. Un tarif largement inférieur àceux pratiqués dans d’autres structures dédiées à des enfants polytraumatisés.


L’agence s’était même portée candidate pour un autreprojet identique et, là encore, se trouvait seule en compétition. Son dossier a cette fois été rejeté par le département car il ne prenait pas « suffisamment en compte le volume supplémentaire que constituel’attribution de plusieurs lots ». Dans sa décision, lacollectivité indique qu’elle préfère « laisser [à Domino] le temps de s’implanter dans le Département et de construireles partenariats nécessaires à l’accueil de profils atypiques », avant de lui accorder d’éventuelles nouvelles attributions.

Interrogé à propos de son choix de confier unétablissement de protection de l’enfance à une entrepriseprivée, le conseil départemental de Saône-et-Loire n’ajamais répondu à nos sollicitations, malgré nosnombreuses relances. L’établissement a ouvert ses portes en février 2023.


Hugo Lemonier


mardi 16 mai 2023

Non à la tarification à l’activité dans le médico-social !

Tribune paru dans Politis, le 16 mais 2023
 
Sept députés publient un texte pour dénoncer la réforme SERAFIN-PH, largement inspirée de la tarification à l’acte de l’hôpital public et qui va dégrader profondément le service public d’accompagnement des personnes en situation de handicap.

La réforme SERAFIN-PH (Services et Établissements : Réforme pour une Adéquation des Financements aux Parcours des personnes Handicapées), qui est actuellement expérimentée dans le secteur médico-social, va dégrader profondément le service public d’accompagnement des personnes en situation de handicap. Les professionnel.les des structures concernées tirent la sonnette d’alarme sur cette tarification à l’activité qui ne dit pas son nom et déshumanise le travail social.

SERAFIN-PH est, en effet, largement inspiré de la T2A qui a contribué aux graves crises que connaît l’hôpital public depuis bientôt vingt ans. Ce système attribue une valeur à chaque acte. L’établissement est financé en fonction d’une liste de tâches réalisées par les salarié.es : certaines étant plus rentables que d’autres.

L’intégrer au service public d’accompagnement des personnes en situation de handicap constitue une double menace. Pour les personnels, exposés à des mesures d’économies ou des exigences de rendements qui vont voir leurs conditions de travail se dégrader. Pour les usagers, dont la qualité de l’accompagnement dépendra de choix bureaucratiques dans la classification des actes.

Comment le gouvernement compte-t-il mettre en place ce dispositif ? La Caisse Nationale pour la Solidarité et l’Autonomie (CNSA) a dressé une liste de 25 « besoins » et d’une cinquantaine de « prestations », auxquels devront correspondre tous les actes accomplis par les professionnel.les.

Ce projet est actuellement en phase d’expérimentation dans 10 % des établissements et services sociaux et médico-sociaux (ESMS). Sa généralisation est prévue pour 2025. Cette vision de l’accompagnement, comme une série d’actes isolés les uns des autres, ignore la nécessaire dimension globale de la prise en charge des personnes.

Cela donne l’illusion que cette dernière peut se réduire à une addition d’actes techniques, comme pour réparer une machine défectueuse. Il suffirait de trouver le bon mode d’emploi, à chaque besoin correspondrait une « prestation ». Ce serait à la personne de s’adapter à l’institution et non l’inverse.

Sous couvert de « personnalisation », SERAFIN-PH standardise donc les accompagnements. Les saisies informatiques déshumanisantes génèrent d’importants risques psychosociaux, chez les salarié.es. Cette démarche accroît le contrôle sur leur travail, ils et elles doivent rendre compte de chacun de leurs actes à la minute et de façon chronométrée. Décliner les métiers en succession de tâches donne aux directions le pouvoir de formuler des exigences de productivité. De ce fait, elles deviennent encore davantage les « courroies de transmission » des autorités tarificatrices.

Simultanément à cette tentative de mise au pas, il semble que nous soyons en train d’assister à une libéralisation à marche forcée du secteur médico-social. SERAFIN-PH facilite le recours à des prestataires privés. Les services rentables seront externalisés, le reste – ce que le privé ne souhaite pas faire – demeurera dans un secteur public ou associatif dégradé. Nous connaissons cette logique avec l’hôpital. Aucune économie à la clé, au contraire : à la fin, chacun pour soi, et des dépenses privées qui explosent.

Enfin, toute cette démarche est absurde puisque le 6 janvier dernier, Emmanuel Macron a annoncé dans ses voeux aux soignant.es sa volonté de mettre fin à la tarification à l’activité. Ce qui est mauvais pour les hôpitaux serait devenu bon pour le médico-social ?

Un seul moyen d’améliorer le service rendu au public et les conditions de travail des salarié·e·s : un financement récurrent, selon le nombre de bénéficiaires et la nature des projets locaux. Cette amélioration passe aussi par la mise en œuvre de politiques ambitieuses en investissant dans la formation et en agissant sur la société (accessibilité de l’école, des logements, du milieu professionnel, des lieux culturels…).

Le dispositif SERAFIN-PH y fait obstacle. Archaïque et dangereux, son abandon n’est pas négociable.


Signataires

Hendrik Davi, député LFI.

Hadrien Clouet, député LFI.

Marianne Maximi, députée LFI.

François Ruffin, député LFI.

Jérôme Guedj, député PS.

Arthur Delaporte, député PS.

Sophie-Taillé Polian, députée Génération.s

Hendrik Davi, député LFI.

Hadrien Clouet, député LFI.

Marianne Maximi, députée LFI.

François Ruffin, député LFI.

Jérôme Guedj, député PS.

Arthur Delaporte, député PS.

Sophie-Taillé Polian, députée Génération.s


mercredi 5 avril 2023

"Quand l’Anras s’affranchit des règles d’urbanisme à Pin-Balma"




La protection de l’enfance permet-elle de s’affranchir des règles élémentaires d’urbanisme ? Pour l’Anras, oui ! L'association nationale de recherche et d’action solidaire a ouvert, fin 2022, un centre éducatif et professionnel – le CEP Garonna – à Pin-Balma pour favoriser l’insertion professionnelle d’une quarantaine de jeunes.   

Prévu pour héberger une vingtaine de personnes, l’établissement a été installé dans une belle bâtisse de 1 000 m² de cette commune de l’Est toulousain. Problème, les importants travaux de rénovation et la construction de cinq ateliers d’une surface de 230 m² ont été réalisés avant la validation du permis de construire par la municipalité.


Une mairie impuissante

Informée du lancement du chantier, la mairie de Pin-Balma a demandé par deux fois à l’association de se mettre en conformité, dès février 2022. « Je leur ai expliqué qu’ils devaient arrêter ce qu’ils faisaient parce qu’ils n’étaient pas en mesure de présenter un permis de construire, relate Claude Cyprien, l’adjoint à l’Urbanisme de la commune. J’ai dû y retourner deux semaines plus tard avec le maire pour leur dire que si les travaux continuaient, je serais obligé de le faire constater par huissier. »

Suite à ce premier rappel à l’ordre, les travaux de construction des ateliers et de rénovation de l’édifice principal s’arrêtent momentanément… avant de reprendre durant l’été, sans que la situation n’ait été régularisée. Dépêché sur place pour surveiller la reprise du chantier, Claude Cyprien n’a pu que constater le passage en force et sa propre impuissance. « J’ai vu qu’ils continuaient les travaux. Je me suis dit que nous ne pouvions pas y faire grand-chose. Nous ne sommes qu’une commune de 900 habitants. S’ils continuaient, c’est qu’ils avaient des appuis. Je ne cherche pas à nous trouver des excuses, mais on nous a mis devant le fait accompli », déplore l’adjoint au maire.


Un risque d’amende élevé


Les travaux ont été achevés en décembre dernier, toujours en l’absence de permis de construire en bonne et due forme. Après avoir été deux fois refusé pour des raisons techniques, un permis a finalement été obtenu par l’Anras le 6 février dernier, soit près de deux mois après la fin des travaux. Faute de plainte de la mairie, l’Anras s’en tire à bon compte. Ce non-respect du code de l’urbanisme aurait pu lui valoir une amende s’élevant à 6 000 euros par m2 – soit 1,38 million d’euros au vu de la surface construite – et la destruction des parties édifiées.

Contactée par Mediacités, l’Anras plaide la bonne foi et la bonne cause. « Cela fait deux ans que nous avons rencontré la mairie pour ce projet. Il y a eu plusieurs mois d’échanges. Cela a été très long parce qu’on nous a demandé d’aller jusqu’à matérialiser un tilleul sur le plan. Cela fait perdre beaucoup de temps, explique Jérémie Trébel, le directeur du CEP Garona. Nous sommes une association à but non lucratif qui déploie un dispositif pour le conseil départemental. Il y a une urgence à laquelle il faut répondre. Donc nous avons voulu ouvrir l’établissement le plus rapidement possible. » Un peu court pour justifier d’aussi larges libertés prises avec la loi…

mercredi 22 septembre 2021

IME Mathalin : dix collègues suspendus

Gers. Obligation vaccinale à l’IME de Mathalin à Auch : incompréhension et colère chez les salariés suspendus
L’Institut médico-éducatif de Mathalin accueille des enfants et adolescents.


10 salariés sur les 56 que compte l’institut médico-éducatif auscitain ont été suspendus dans le cadre de l’application de l’obligation vaccinale entrée en vigueur le 15 septembre dernier.

"L’ARS ne nous a pas dit comment gérer le manque de masques au début de la crise ou nous adapter au quotidien pour continuer l’accompagnement des jeunes. Et pourtant, nous l’avons fait : la sécurité sanitaire est assurée depuis un an et demi", assure un salarié* de l’Institut médico-éducatif (IME) Mathalin, suspendu vendredi dernier comme neuf autres collègues. Ils ont publié un communiqué expliquant leur décision. Dans leur viseur : le choix de l’ARS d’appliquer de façon "stricte et littérale" la loi du 5 août dernier sur l’obligation vaccinale dans les établissements de santé et médico-sociaux. Avec la direction de l’établissement et de l’association gestionnaire (ANRAS), ils assurent que "le dialogue n’a jamais été rompu", évoquent une volonté "de gagner du temps". Jusqu’au 16 septembre. Ce jour-là, les dix employés encore non vaccinés sont convoqués pour évoquer la forme que prendra leur "éviction" : congés payés ou suspension de contrat de travail pure et simple en attendant de présenter un certificat de vaccination (recevoir une première dose permet de reprendre le travail en présentant un test PCR). Dans leur communiqué, ils dénoncent une "dégradation sans précédent de l’accompagnement d’enfants en situation de handicap" et une "surcharge de travail pour les collègues, dans un secteur où il est difficile de recruter des salariés formés".


Les enfants "accueillis normalement"
Le directeur de l’IME de Mathalin, Alain Scudallero, ne juge pas la démarche de ces salariés mais relativise l’impact de ces suspensions. "Une partie du personnel a été remplacée et l’organisation a été modifiée mais les enfants sont accueillis normalement. Quatre des dix salariés ont d’ailleurs pris rendez-vous pour se faire vacciner. Pour d’autres, des entretiens individuels seront pris au terme des congés posés. L’idée est simplement de s’inscrire dans un cadre légal."

Les salariés consultés restent, eux, déterminés mais refusent l’étiquette d’"irresponsables" ou "anti-vax". "Nous ne sommes pas contre la vaccination. Il est important que ceux qui le souhaitent aient accès au vaccin. Mais l’obligation, c’est non !"


*Tous ont décidé de garder l’anonymat.
L’ARS appelle à jouer collectif
Mise en cause pour sa rigidité par les salariés suspendus de l’IME, l’Agence régionale de Santé, par la voix de son directeur gersois Didier-Pier Florentin, persiste et signe : "Il y a la liberté de chacun mais il y a aussi le cadre légal et la responsabilité collective à accepter lorsque l’on travaille dans un établissement recevant un public fragile." Avant d’enfoncer le clou : "L’entrée en vigueur de l’obligation vaccinale n’a eu aucun impact majeur sur le fonctionnement des structures de santé et médico-sociales du département."

lundi 20 septembre 2021

Grève à l'ITEP St François : nous avons besoin de tous nos collègues !


Les salariés de l'ANRAS DITEP Saint François, à Toulouse, étaient en grève ce matin devant leur établissement, situé avenue Bourgès Maunoury, à Toulouse. Ils dénonçaient le pass sanitaire et à l'obligation vaccinale.

Ce matin, les salariés d’Anras-Ditep Saint-François, institut thérapeutique éducatif et pédagogique qui accueille des enfants présentant des troubles du comportement et psychiatriques, ont manifesté à Borderouge, contre le pass sanitaire et l’obligation vaccinale.
 Ils dénonçaient le fait d’être aujourd’hui « considérés comme des soignants, pour autant, aucun d’entre nous n’a bénéficié de la revalorisation du Ségur de la Santé ».
Louise, orthophoniste, s’est jointe au mouvement « pour défendre les libertés de chacun. Et aussi le fait que mes collègues éducateurs dépendent du social et non du médical. Du coup, l’obligation vaccinale n’est pas censée leur incomber », explique-t-elle. À côté d’elle, Daniel, éducateur spécialisé, et « vacciné par dépit » se dit « en colère. Là, on nous oblige à avoir le pass sanitaire. À un moment donné, il faudrait vraiment qu’on nous dise à quelle catégorie nous appartenons », peste-t-il.
« Pour l’instant, il n’y a pas eu de suspension sur notre établissement, mais à partir de ce mardi, ça va être le cas. On dénonce cette politique qui va dégrader les conditions de travail des collègues qui vont rester et les conditions d’accueil des usagers », ajoute Stéphane Balanche, lui aussi éducateur spécialisé au Ditep et délégué syndical CGT.
Pour Léa, psychomotricienne, cette manifestation a permis « de soutenir les collègues non-vaccinés et permettre aux enfants, un maintien du suivi. Un sous-effectif au niveau des salariés risque de les mettre en difficulté », conclut-elle.


Du son côté, la direction affirme avoir « fait son possible pour que son personnel puisse s’adapter à cette nouvelle loi difficile qui date du mois d’août et qui rend obligatoire la vaccination y compris pour le personnel des Ditep», explique Andrès Atenza, directeur général d’Anras. Et d’ajouter : « Je suis surpris que les salariés découvrent que ce soit obligatoire aujourd’hui alors qu’ils ont été alertés depuis fort longtemps ». Pour Sophie Vendeville, qui dirige l’établissement depuis un an et demi, cette opposition à l'obligation vaccinale pourrait conduire « à ce jour, à la suspension d’un tiers de nos salariés, ce qui représente une trentaine de personnes. Nous essayons avec l’aide de l’ARS, de trouver des remplaçants pour continuer à assurer l’accueil et l’accompagnement des enfants », conclut-elle », conclut-elle.
   
Sophie Vigroux


jeudi 27 mai 2021

Après le meurtre d'Audrey Adam : les travailleurs sociaux, «réceptacles d’une société qui va mal»

L'Humanité, Mercredi 26 Mai 2021, par Nadège Dubessay

Les travailleurs sociaux sont à bout de souffle et réclament plus de moyens humains, financiers et de formation continue. 

Une travailleuse sociale a été tuée dans l’exercice de ses fonctions le 12 mai. Elle n’a pas eu le droit à un hommage national. Preuve de l’absence totale de considération pour cette profession essentielle.

Elle devait rendre visite à un ancien agriculteur de 83 ans, dans le cadre d’un accompagnement professionnel personnalisé. L’homme tire sur elle, la tue et se donne la mort. C’était le 12 mai. Audrey Adam, 36 ans, conseillère en économie sociale et familiale du conseil départemental de l’Aube, meurt assassinée dans l’exercice de ses fonctions. Il n’y a eu ni hommage officiel, ni gros titres dans les journaux. Pas une minute de silence, si ce n’est celle rendue le 17 mai par les travailleurs sociaux, choqués par l’absence de réactions des pouvoirs publics.

Cette actualité dramatique n’est pas sans écho à d’autres. La liste des travailleurs sociaux tués ces dernières années est longue. En 2015, à Nantes, Jacques Gasztowtt, éducateur spécialisé, mourait lui aussi en exerçant son métier. Tout comme l’éducatrice spécialisée Marina Fuseau, en 2017, à Poitiers, ou encore Cyril Pierreval, chef de service d’un centre d’accueil à Pau, en février dernier.

Assourdissante indifférence
Pour Benoît Teste, secrétaire général de la FSU, cette assourdissante indifférence n’est « qu’une nouvelle démonstration du peu de considération et d’intérêt dévolu à ce champ professionnel ». Alexandre Lebarbey, de la fédération santé et travail social à la CGT, rappelle le dur quotidien des travailleurs sociaux, « rythmé par la violence face à un public souvent difficile, en crise ». Il le constate chaque jour : les accidents du travail, les difficultés psycho-sociales au travail, les difficultés de recrutement et les demandes fréquentes d’affectation ou de secteur touchent davantage les travailleurs sociaux que les autres professions. Salaire dérisoire (un éducateur commence sa carrière avec 1 400 euros net), charges de travail qui explosent face à l’aggravation des inégalités et de la paupérisation des populations fragiles…

La peur au ventre
Dans ces conditions infernales, les travailleurs sociaux sont à bout de souffle et réclament plus de moyens. Humains, financiers et de formation continue. D’autant que, premiers de corvée, ils doivent « panser les plaies d’une société malade de la dilution des liens sociaux et de la destruction des cadres collectifs et des dispositifs permettant pourtant d’amortir la misère sociale », soulève le syndicat Solidaires. Eux, les invisibles, comme ils se nomment, accomplissent au quotidien des missions d’intérêt général « pour que la société n’explose pas », soulève Cécile Boullais, assistante sociale pour l’aide sociale à l’enfance. Et parfois la peur au ventre.

Travailleurs sociaux, ils témoignent :
Cécile Boullais, assistante sociale au conseil départemental de l’Eure : « Nous sommes le réceptacle d’une société qui va mal » : https://www.humanite.fr/travailleurs-sociaux-nous-sommes-le-receptacle-dune-societe-qui-va-mal-708296
Delphine Moretti, référente ASE à la Maison de la solidarité des Bouches-du-Rhône, membre de la CGT : « Je vois les conditions se dégrader depuis quelques années » : https://www.humanite.fr/travailleurs-sociaux-je-vois-les-conditions-se-degrader-depuis-quelques-annees-708299
Lionel Pastour, éducateur de jeunes enfants en internat à la Maison du Sacré-Cœur (Paris) : « Il faut être bien enraciné pour ne pas vaciller face à la violence » : https://www.humanite.fr/travailleurs-sociaux-il-faut-etre-bien-enracine-pour-ne-pas-vaciller-face-la-violence-708302
Yann Barlet, éducateur spécialisé à la Maison du Sacré-Cœur (Paris) et formateur : « La peur, très vite, le travailleur social y est confronté » : https://www.humanite.fr/travailleurs-sociaux-la-peur-tres-vite-le-travailleur-social-y-est-confronte-708305

lundi 3 mai 2021

Précarité : le blues des travailleurs sociaux

Hausse des demandes, turnover important, effectifs réduits, travail de moins en moins axé vers l’accompagnement : depuis le premier confinement, les travailleurs sociaux évoquent une situation devenue «ingérable».

Un samedi matin à Champigny-sur-Marne, dans les locaux de l’association Claire amitié, qui vient en aide aux mères isolées et aux femmes précaires. Melissa (1), accompagnatrice d’insertion, a rendez-vous avec Sonia (1), mère célibataire avec 5 enfants à charge. La travailleuse sociale remplit un dossier pour sa demande de carte vitale et règle un problème de paiement de loyer. Sonia, originaire des Comores, ne maîtrise pas le français et ne peut réaliser aucune tâche administrative seule. Une heure plus tard, Melissa doit s’occuper d’une autre personne, elle se hâte. Sonia aura sa carte vitale, et le problème de loyer est réglé, mais Melissa n’est pas satisfaite. «Je n’aime pas créer de la dépendance chez les familles que j’assiste, mais avec le Covid, je n’ai plus le temps de les aider à être autonomes, de leur apprendre à remplir des papiers. Au lieu de les accompagner, je fais les choses à leur place.» 

Dans cette crise sanitaire, le temps est un luxe dont les travailleurs sociaux manquent. Dans un contexte où le taux de pauvreté a bondi – le nombre de bénéficiaires du RSA a grimpé de 7,5 % au 31 décembre –, beaucoup de Français se sont retrouvés en difficulté. Dès le premier confinement, les services d’aides sociales ont dû gérer un flot de personnes venues solliciter des aides pour payer leur loyer, avoir des soins d’urgence ou du soutien psychologique. «Il y a eu de nombreux publics qu’on n’avait pas pour habitude de prendre en charge. Ça a été très compliqué» se souvient Caroline (1), accompagnatrice sociale au centre d’action sociale de la ville de Paris (CASVP), dans le XVIIe arrondissement.


«On priorise dans la priorité»

Dans ces conditions de travail infernales, les travailleurs sociaux réclament plus de moyens humains. Or de nombreux services voient leurs effectifs se réduire. «Beaucoup de nos collègues sont dans un sale état. Certains, détachés pour soutenir d’autres services saturés, sont partis au bout d’un mois car ils ne tiennent plus», explique Simon Le Coeur, permanent à la CGT du CASVP. Dans les Yvelines, la CGT du conseil départemental a alerté les élus dans une lettre ouverte, évoquant un «manque d’effectifs et la hausse des demandes». Il en résulte, dit la lettre, que de nombreux travailleurs sociaux dans le domaine de l’aide sociale à l’enfance (ASE) ont quitté leur poste pour cause de «conflit de valeurs, perte de sens du travail, manque de reconnaissance professionnelle, stress accru et épuisement professionnel», détaille la lettre. Le turnover est important : dans les colonnes du Parisien, le secrétaire général de la CGT du conseil départemental des Yvelines, Tristan Fournet, dénombrait mi-avril «150 départs pour 180 recrutements» dans l’ASE Yvelines depuis le début de l’année. «C’est comme ça dans tous les services, abonde Mélanie (1), assistante d’accueil dans un CASVP, du haut de ses sept années d’expérience. Dès qu’on voit des dysfonctionnements, il y a des vagues de départ et ceux qui restent rament.»

A Paris, Florence Pik, accompagnatrice sociale dans un service d’aide sociale à l’enfance depuis dix ans, n’y arrive plus. Elle prend en charge 95 personnes entre 18 et 21 ans, pour lesquelles elle propose une aide sociale globale – ouverture de droits, réinsertion dans le monde du travail, solution de logement. Une situation qu’elle estime «ingérable»«Quand on travaille avec des jeunes en rupture familiale, qui n’ont pas de famille et qui ont des besoins sociaux très importants, on priorise dans la priorité», raconte-t-elle, désemparée.

«De plus en plus d’administratif»

De surcroît, ces travailleurs sociaux assistent à la transformation de leurs actions avec «beaucoup moins de liens avec l’autre, d’aide qualitative, mais beaucoup plus de travail quantitatif», constate Mélanie. Cette transformation ne résulte pas uniquement de la crise sanitaire, puisque en 2015, la députée Brigitte Bourguignon, autrice d’un rapport sur le sujet, indiquait que le travail social est «de plus en plus associé à l’exécution de mesures administratives et de moins en moins à la créativité, à l’innovation et même à l’accompagnement». Une mutation que Florence Pik vit très mal. «Je passe mes journées à répondre au téléphone et à des mails. Et quand on rajoute le télétravail quelques jours par semaine, on voit tous les jours notre action glisser vers de plus en plus d’administratif et de moins en moins de travail social et de contact avec le public. Mon travail ne devrait pas se résumer à cela, je devrais passer plus de temps avec mes jeunes, pour mieux les comprendre et ainsi mieux les orienter.»

Pour Melissa, les premiers pénalisés par cette situation sont évidemment les publics qu’elle est censée aider. «Pour bien répondre aux besoins des personnes précaires, il faut apprendre à les connaître. Sans créer du lien, notre travail a moins de sens, pour moi mais aussi pour eux.»

(1) Les prénoms ont été changés.


 

mardi 6 avril 2021

«Les travailleurs sociaux sont enfermés avec leur mal-être»

Article de Libération 

 Protection de l’enfance : «Les travailleurs sociaux sont enfermés avec leur mal-être»

 
Dans son livre «Enfants placés, il était une fois un naufrage», la journaliste Marie Vaton offre une plongée dans l’univers de l’Aide sociale à l’enfance et de ses dysfonctionnements, en donnant largement la parole aux professionnels débordés.
- par Elsa Maudet
publié le 5 avril 2021 à 10h40
 
Les faits sont connus, au moins dans les grandes lignes : la protection de l’enfance va mal. Régulièrement, des documentaires dénoncent des scandales dans des foyers d’hébergement pour mineurs, des articles alertent sur le piètre accompagnement des enfants et adolescents par l’Aide sociale à l’enfance (ASE). Marie Vaton, journaliste à l’Obs, a commencé à s’intéresser au sujet il y a quelques années. A chaque article publié, des travailleurs sociaux la contactaient, pour témoigner à leur tour de leur désarroi. Elle en a fait un livre : Enfants placés, il était une fois un naufrage (Flammarion), sorti en mars.

Au fil des pages, les exemples de dysfonctionnement s’amoncellent. Il y a les enquêtes bâclées parce que les éducateurs et assistantes sociales suivent trop de dossiers en même temps, cet impératif de désengorger les tribunaux qui pousse à éviter les placements sur décision judiciaire, les enfants maintenus au domicile familial faute d’effectifs pour traiter des informations préoccupantes… Avec des conséquences dramatiques, comme pour cette petite fille contrainte de continuer à vivre avec un père qui l’offre à un réseau pédophile, ces fillettes victimes d’agressions sexuelles par le fils de leur beau-père ou ces enfants transformés en esclaves par la famille dans laquelle ils ont été placés.

L’enchaînement de situations défaillantes donne la nausée mais révèle l’urgence à se porter au chevet de la protection de l’enfance. Et à écouter ses travailleurs.

Pourquoi avez-vous écrit ce livre ?
On parle toujours de la protection de l’enfance sous l’angle de la maltraitance dans les foyers, mais j’avais envie de savoir comment ça marchait – dans les départements, dans les familles d’accueil… Les travailleurs sociaux, on ne les entend jamais. Et en tant que journalistes, soit on se dit «c’est quoi ces gens ? Ils ne font pas leur boulot», comme dans l’affaire de la petite Marina, soit on fait des sujets un peu sensationnels sur les placements abusifs. Mais on m’a rapporté plus de cas d’enfants qui auraient dû être placés et pour lesquels on a réagi trop tard que l’inverse.
A lire les très nombreux exemples que vous donnez dans le livre, on a l’impression que tous les maillons de la chaîne de l’ASE sont dysfonctionnels. Elle crée plus de dégâts qu’autre chose ?
Ça ne crée pas plus de dégâts, parce qu’on a un système de protection de l’enfance. Il y a des pays où il n’y en a pas. Mais ça craque de partout. J’ai voulu essayer de traiter tous les aspects parce que les familles d’accueil disent que c’est de la faute des départements, les départements disent : «Ah bah oui mais c’est le gouvernement qui ne nous donne pas d’argent.» Si on va voir les foyers, on nous répond : «On n’est pas assez formés, on manque de main-d’œuvre.» L’ASE, c’est une énorme toile d’araignée. Et depuis la décentralisation, c’est hypercompliqué d’obtenir un système qui fonctionne.

Dans votre livre, la souffrance des travailleurs sociaux est criante…
Les travailleurs sociaux sont les véritables héros du livre, plus que les enfants. Ce sont eux qu’on veut entendre. Les enfants, leurs trajectoires, c’est toujours frappant, ça émeut toujours. Mais il faut essayer de comprendre le système.
Les travailleurs sociaux sont enfermés avec leur mal-être et leurs secrets. Quand ils sont en train de travailler sur une évaluation, ils savent que la situation peut déraper d’un jour à l’autre, qu’ils vont rentrer le vendredi soir chez eux, sauf que le week-end ils n’arrivent pas à dormir, à être présents pour leur famille, pour leurs enfants, parce qu’ils se demandent : «Est-ce que j’ai bien fait ? Est-ce que j’aurais dû alerter le juge ? Est-ce que j’attends encore trois jours, est-ce que le gamin ne risque pas d’être fracassé ou violé ?» En fait, ils vivent avec ça tout le temps, avec la peur de mal faire ou de ne pas avoir vu. D’ailleurs, il y a plein de problèmes de divorce chez ces travailleurs. On les voit un peu comme des personnalités désincarnées, mais ils ont leur vie.

Comme les profs quand on est enfant : on croit qu’ils ne sont que profs et c’est un choc de les croiser au supermarché…
Oui, sauf que les profs ça fait des années et des années qu’ils manifestent. Les travailleurs sociaux, ils sont dans notre paysage mais on ne sait pas qui ils sont, on ne connaît pas leur vie. C’est une espèce de truc un peu fantomatique.

D’où viennent ces problèmes ? Ce n’est pas une question financière.
Il y a 9 milliards d’euros pour la protection de l’enfance ! [8,3 milliards en 2018, selon la Drees, ndlr] C’est plus un problème de répartition de l’argent et d’inégalités territoriales. Ça coûte très cher : un placement, c’est 44 000 euros par an par enfant placé, donc le prix d’un collège d’élite. Pour que les trois-quarts se retrouvent à la rue à 18 ans.

Comment expliquez-vous que ces problèmes perdurent et qu’on ne s’en préoccupe pas davantage ?
Parce que ce sont les pauvres. La protection de l’enfance, c’est Outreau. C’est cracra, c’est la France d’en bas, la France qui va mal, l’alcoolisme, les toxicomanes… C’est la France des «cas soc’». Et la France des cas soc’, elle n’a pas beaucoup les honneurs des journalistes parisiens. Et puis les enfants ne votent pas, ils n’apportent rien à la société, ils finissent dans la rue avec leur chien, ils ne se font pas entendre, ils sont un peu illettrés… Ce n’est pas glamour. Mais ils sont partout : il y a 300 000 enfants qui ont des mesures de protection, 1,2 million de travailleurs sociaux [tous secteurs confondus, ndlr]. Ce n’est pas rien.

Vous citez une ex-assistante sociale qui a fini en burn-out et qui dit : «Nous sommes le dernier rempart humain avant la grande bascule, les garde-fous de la paix sociale. […] On va se retrouver avec des émeutes monstres comme aux Etats-Unis, et ce sera trop tard pour réagir.» Il est là le danger ?
C’est compliqué parce que ce n’est pas comme les soignants. Les soignants, s’ils arrêtent de bosser, c’est le chaos. Les conducteurs de bus et de métro aussi. Les travailleurs sociaux, s’ils arrêtent de travailler, les enfants crèvent, ils restent dans leur famille. On l’a bien vu pendant le dernier confinement, avec la hausse des signalements. Et il y en a plein qui disent : «Il n’a que moi, sa vie ce ne sont que des ruptures, donc si je pars en burn-out, je vais lui montrer que moi aussi je vais le lâcher.»

lundi 5 avril 2021

"Graulhet : les ES espèrent une prime covid"




Social, Coronavirus - Covid 19, Graulhet
Publié le 05/04/2021 à 05:07 , mis à jour à 10:37

De l’aveu même de Marie-Anne Nunez, la MECS (Maisons d’Enfants à Caractère Social) est un endroit où "il fait bon travailler". Le vent de colère vient d’une absence de prime. "Depuis un an, tout s’est compliqué avec la covid. Les situations complexes, ça nous connaît, nous sommes coriaces, on ne lâche rien, nous travaillons en équipes pluridisciplinaires, nous serrons les coudes et comme toujours, on avance", explique l’éducatrice spécialisée. Nous n’avons pas quitté nos postes, modifiés maintes fois nos emplois du temps pour assurer, contre vents et marées, la continuité de service."

Là où le bât blesse, c’est lorsqu’elle compare sa situation et celle de ses collègues avec ceux des départements voisins. "Lors du dernier Comité Social et Économique (CSE) de filière de notre association, j’apprends que mes collègues qui travaillent comme nous dans le secteur social, qui ont le même employeur que moi, qui assurent aussi la continuité de service comme nous depuis toujours, avec encore plus d’énergie et de fatigue accumulée depuis un an de covid, et bien, mes collègues qui ont la chance de travailler dans un autre département limitrophe, le Tarn-et-Garonne, l’Aude, la Haute-Garonne et je pourrai continuer la liste, ont eu, ou vont avoir une prime covid allant jusqu’à 1 000 euros dans certains départements".

Les éducateurs spécialisés espèrent obtenir une prime de ce type pour tout le temps passé dans des conditions difficiles à assurer le service "coûte que coûte" et trouver là une reconnaissance pour leur engagement total aux côtés de familles en difficulté.

"L’État a débloqué une enveloppe pour l’octroi d’une prime aux personnels des services d’aide et d’accompagnement à domicile. Le Département a mobilisé sa propre participation financière à hauteur de 588 000 € et 34 SAAD ont pu verser une prime à plus de 2 220 salariés" explique le conseil départemental qui souligne avoir voté 98 000 € pour le versement de primes aux 262 agents du Département qui exercent la fonction d’assistants familiaux, regrettant que l’État ait fait une distinction entre les professionnels relevant de la compétence de l’ARS et celles de compétence exclusive départementale.

mercredi 17 mars 2021

Auch : l’EHPAD Saint-Dominique va être entièrement réhabilité

Article de La Dépêche

 


L’EHPAD Saint-Dominique d’Auch fait peau neuve. L’opération de rénovation et de mise aux normes de sécurité et d’accessibilité devrait s’achever en septembre 2022. 

Les ouvriers longent la chapelle située au bout du jardin de l’Ehpad Saint-Dominique pour se rendre sur la zone de travaux. "Faire un chantier à côté d’un immeuble habité est une prouesse, il faut respecter la tranquillité des résidents", commente Christine Desclaux, directrice de la structure auscitaine.

L’établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) a lancé une vaste opération de réhabilitation de ses locaux qui devrait s’achever en septembre 2022.

La congrégation de sœurs dominicaines, propriétaire des lieux, a contacté l’Association nationale de recherche et d’action solidaire (ANRAS) en 2017, afin de lui confier la gestion de la maison de retraite. "Pour des raisons financières, les bâtiments n’avaient pas été modernisés", explique la directrice. L’ANRAS signe alors un contrat pluriannuel d’objectifs et de moyens (CPOM) avec L’Agence régionale de santé (ARS) et le Conseil départemental du Gers. "Parmi les objectifs du CPOM avec les autorités de tarification, il y a une partie consacrée à l’investissement. C’est à ce titre que la rénovation a lieu", détaille Christine Desclaux. L’objectif du plan de 3,4 millions d’euros est de mettre l’Ehpad aux normes de sécurité et d’accessibilité pour les personnes à mobilité réduite. "Ce qui se traduit par une simple hausse tarifaire de deux euros par jour pour les usagers, cela montre une bonne maîtrise du coût."

Les travaux ont débuté en septembre 2020, en présence de l’architecte Frédéric Airoldi et d’Alain Galy, président de l’ANRAS. "Il s’agit de la reconstruction totale du bâtiment où habitaient les sœurs. C’est la première des cinq phases, la plus longue, qui dure un an. Les chambres neuves seront plus grandes, avec des salles de bains adaptées. Sur les 22, dix seront dotées de rails pour assurer la mobilité depuis le lit", détaille la responsable.

Une rénovation en 5 phases

Au rez-de-chaussée, seront transférés la salle de restauration et les vestiaires du personnel. Ces derniers seront directement accessibles depuis l’entrée. Une façon de renforcer les mesures d’hygiène et d’éviter la propagation du virus : "Ils se changeront de suite." Trois salons seront créés au deuxième étage, "avec un balcon pour que les pompiers pénètrent rapidement dans l’immeuble".

Les quatre étapes suivantes s’étaleront chacune sur trois à sept mois. Les chambres actuelles, situées dans l’autre aile de l’Ehpad, seront mises aux normes pour les personnes à mobilité réduite. "On a un public avec des pathologies de plus en plus lourdes. Il faut du matériel et des logements adaptés." Une salle d’activités sera ensuite créée. "Aujourd’hui, les animations ont lieu dans la Rotonde. Cette dernière sera réaffectée au service des repas pour les résidents les plus dépendants", anticipe Christine Desclaux.

Les deux accès à l’établissement, rue Rouget-de-Lisle et rue de la Somme, seront réorganisés. Les services administratifs seront enfin installés au niveau de l’espace de restauration actuel. À la place des bureaux, un salon de coiffure et d’esthétique et une pièce dédiée à l’animatrice seront construits.

Un bouleversement et une amélioration de confort pour les cinq sœurs encore vivantes qui ont connu l’établissement à l’époque où les moniales accueillaient les personnes nécessiteuses pour des séjours plus ou moins longs et où elles recevaient les malades dans une salle de soins. Les religieuses, dont l’âge moyen s’élève à 90 ans, et les résidents devraient découvrir le résultat de cette renaissance en septembre 2022.

jeudi 19 novembre 2020

"Pièces à conviction". Covid-19 : que se passe-t-il vraiment dans les Ehpad ?

[Mise à jour 21/11]

[Message Original - 19/11]

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Plus de 15 000 résidents d'Etablissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes sont morts du Covid-19, dans leur Ehpad ou après leur transfert à l'hôpital ; c’est presque une victime sur deux de la pandémie entre mars et juillet 2020. Dans de nombreux établissements, l’irruption du virus a tourné à l’hécatombe : 20 morts à Buzançais dans l’Indre, 27 à Cornimont dans les Vosges, 40 à Mougins dans les Alpes-Maritimes… La maladie a frappé sans distinction : les Ehpad publics comme ceux appartenant à de grands groupes privés ont été touchés de plein fouet.

Catherine voudrait comprendre pourquoi Georges, son père, est mort du coronavirus Covid-19 dans son Ehpad. Olivia se demande comment Hermine, sa grand-mère, l’a attrapé. Nathalie cherche à savoir dans quelles conditions est morte Georgette, sa mère…

L’enquête de "Pièces à conviction" révèle que pendant le premier confinement, au printemps 2020, l’ensemble de la prise en charge des résidents d’Ehpad pose question. La plupart des établissements n’ont pas été équipés en masques de protection avant la fin mars. Les tests ont longtemps été limités à trois par maison de retraite. Certains établissements ont même placé des résidents dans une "unité Covid" sans même les tester au préalable.

Alors que leur état se dégradait, un certain nombre de malades ont été tardivement pris en charge par les services de secours débordés. A leur arrivée à l’hôpital, certains malades âgés n’ont pas été admis en soins intensifs car ils n’étaient pas prioritaires. Plusieurs médecins le confirment : il y a bien eu un tri des entrants à l’hôpital au détriment des pensionnaires des Ehpad. Certains établissements se sont murés dans le silence. Des familles sont restées plusieurs jours dans l’angoisse, sans nouvelles de leur proche, et sans aucune information sur leur état de santé.

Pourtant, partout en France, des soignants se sont battus pour trouver des solutions. Jusqu’à se confiner pendant plusieurs semaines avec leurs résidents pour éviter de faire entrer le virus dans leurs établissements.

Xavier Deleu et Julie Pichot ont enquêté pendant six mois. Ils ont filmé dans plusieurs maisons de retraite, ont rencontré les familles et des soignants en Ehpad, ont interrogé des médecins hospitaliers et remonté la chaîne des responsabilités jusqu’aux Agences régionales de santé et au ministère de la Santé. Alors que la pandémie de Covid-19 reprend de plus belle, les Ehpad sont-ils enfin prêts à faire face ?

Un documentaire réalisé par Xavier Deleu et Julie Pichot, produit par CAT & Cie avec la participation de France.tv.

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