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vendredi 31 décembre 2021

Une application pour les réfugiés afin de leur apporter de bonnes conditions d’accueil

 Article tiré du site de Dubasque

Discrètement, mais avec une certaine efficacité, les personnes qui ont obtenu le statut de réfugié en France peuvent accéder depuis quelques mois à des dizaines de services qu’ils soient sociaux, professionnels, collaboratifs ou encore communautaires. Il leur suffit pour cela de disposer d’un smartphone ou d’un ordinateur et de télécharger une application : Refugies.info Et nous avons là ce qu’un outil numérique peut apporter de meilleur pour permettre à une personne ou une famille d’accéder à un grand nombre d’informations utiles llui permettant de construire sa vie en France.

J’ai rencontré deux des fondateurs de cette application. Elle pourrait être un modèle pour les plateformes des administrations telles la CAF ou l’assurance maladie pour ne citer qu’eux.

Une application ouverte

Premier bon point, le code source de l’application est ouvert. Elle est issue d’un travail collaboratif de programmeurs issus du monde du logiciel libre. Elle est entièrement centrée sur les besoins des réfugiés et propose dès son ouverture la possibilité de l’afficher dans la langue de son choix. Elle permet à celles et ceux qui ne savent pas lire d’écouter ce qui est écrit. (seulement sur la version web, et bientôt sur l’application).

À y regarder de plus près cette plateforme en ligne est un véritable portail d’information collaboratif, car il est ouvert en plusieurs directions. Il a été créé par la Délégation interministérielle à l’accueil et l’intégration des réfugiés et développé par la Mednum. C’est du bel ouvrage comme l’explique Nour Allazkani. Il fait partie de l’équipe qui a construit cet outil. Étant lui-même ancien réfugié, il sait combien il est difficile de perdre ses repères et de s’en construire de nouveaux. « C’est une vraie galère pour trouver la bonne information pour engager des démarches ou se former et chercher du travail » explique-t-il.

La navigation est simple, le langage utilisé est celui de la vie courante. Pas besoin de se prendre la tête dans un menu complexe. L’application utilise la géolocalisation afin d’apporter toutes les informations nécessaires autour de soi. (Bravo au designer Hugo Stéphan !)

À le tester vous pourrez mesurer l’ampleur des services proposés et le travail qu’il représente. Précisons aussi qu’il n’est pas nécessaire de s’identifier ou de s’inscrire pour utiliser le service. La confidentialité des personnes qui le consultent est assurée, car hormis l’acceptation ou non des cookies, rien ne vient collecter de données autres que celles qui sont déjà inscrites.

Un réseau d’aide et de soutien

Ce portail ne se limite pas à transmettre des informations, il est construit de telle façon que ceux qui agissent sur le terrain puissent alimenter la base de données. Réfugiés.info est collaboratif. Tout le monde peut participer. La plateforme est alimentée directement par les acteurs associatifs, les bénévoles et les intervenants sociaux mobilisés au quotidien pour accompagner les personnes réfugiées.

Les informations sont traduites et proposées dans 6 langues différentes afin d’en faciliter la compréhension (anglais, arabe, pachto…). La traduction des informations proposées sur la plateforme s’effectue via une communauté engagée de traducteurs.

Il vous est proposé de contribuer à l’enrichissement du site en rédigeant vous-même de nouvelles fiches, comme sur Wikipédia. Si vous connaissez des initiatives favorisant l’intégration des personnes réfugiées ou participez à des actions ouvertes à l’intégration des étrangers en France, ce site est fait pour vous. Vous apporterez une aide directe aux personnes concernées via le système de géolocalisation.

La plateforme a aussi pour objectif de renforcer son ancrage territorial. Si un moteur de recherche permet désormais de filtrer les fiches et dispositifs géographiquement, il s’agit également de mobiliser les acteurs locaux dans la rédaction de contenu pour Réfugiés.info. Deux territoires sont particulièrement présents sur la plateforme : le territoire de la Côte-d’Or et la métropole de Grenoble qui sont désormais ambassadeurs. Les contributeurs locaux travaillent activement à recenser l’ensemble des dispositifs présents dans leur territoire et créent les fiches correspondantes sur la plateforme. Il faudrait que les autres Départements ou agglomérations s’intéressent à ce projet

Franchement on aimerait que ce type d’application existe pour toute la population vivant en France et pas uniquement pour les réfugiés. (Si elle existe déjà prévenez-moi). En tout cas les administrations ont là un modèle ergonomique de communication tourné vers l’usager, respectueuse de la confidentialité tout en étant facile à lire et à comprendre.

Vous êtes invité(e) à rejoindre la communauté des co-constructeurs de Réfugies.info (cliquez sur le lien)

vendredi 19 mars 2021

Communiqué unitaire sur la situation des MNA

Protéger, soigner, accompagner ? Non, ficher, stigmatiser, sanctionner, renvoyer. Le ton est donné !

Ce 10 mars, était présenté à la Commission des lois un rapport d’information parlementaire sur les « problématiques de sécurité associées à la présence sur le territoire de mineurs non accompagnés ».

Rappelons pourtant, que la grande majorité des mineur.e.s et jeunes majeur.e.s isolé.e.s étrangers dont il est question ne posent aucun problème de sécurité, bien au contraire comme le constatent et en témoignent toutes et tous les professionnels et adultes qui les côtoient au quotidien, des mouvements tels les « patrons solidaires » allant jusqu’à être créés pour les jeunes apprentis.

Visant exclusivement la situation des mineurs non accompagnés en conflit avec la loi, qui ne représentent qu’une infime partie des mineur.e.s et jeunes majeur.e.s isolé.e.s et étrangers, et entretenant au passage la confusion entre ceux en conflit avec la loi et ceux victimes de traite, le rapport parlementaire, présente 18 recommandations particulièrement inquiétantes en ce qu’elles sont de nature à stigmatiser encore plus ces mineur.e.s, parfois très jeunes, toujours très fragiles, polytraumatisé.e.s par leurs parcours de vie.

Ce rapport oublie, dans sa problématique générale, ce qui est le plus important : ces jeunes sont en danger et ont d’abord besoin de protection. De manière encore plus inquiétante, il entend institutionnaliser un traitement différencié les concernant, fondé davantage sur leur extranéité que leur minorité.

A l’âge où la plupart de leurs pairs vont au collège, eux n’ont connu que rejets, abandons, agressions répétées, violence, et sont souvent les victimes de réseaux de traite.

Vivant pour la plupart dans des conditions d’une extrême précarité, souvent à la rue, sans accompagnement éducatif, sous dépendance médicamenteuse des adultes qui les exploitent, elles et ils ont perdu l’estime d’eux-mêmes, et leurs passages à l’acte s’inscrivent dans un mécanisme de survie, souvent pour des délits de subsistance.

Est-ce cela la vie d’un enfant ?

Il ne sert à rien de préconiser, à peu de frais, leur fichage obligatoire via le fichier AEM si décrié, la consultation obligatoire de fichiers tels VISABIO dont l’inefficacité a été démontrée, l’accroissement des sanctions, des jugements plus rapides et discriminatoires, le retour dans le pays d’origine et toujours plus de coercition.

Ceci n’aura que pour conséquence de stigmatiser ces jeunes, les rapprocher toujours plus de situations de danger, les éloigner encore plus de leur situation de mineur et des dispositifs qui n’auront plus de « protection » que le nom.

Et si le rapport parlementaire préconise une prise en charge systématique en assistance éducative ainsi que quelques mesures d’accompagnement social, rien n’est dit du budget affecté à celles-ci, des moyens dédiés aux départements, qui risquent, sous des effets d’annonce, de se réduire à peau de chagrin….

Et rien ne changera.

Plus encore, ce rapport réalise la prouesse de suggérer qu’inverser la présomption de minorité, imposer à un ou une mineur.e de présenter des documents d’identité pour être protégé.e, serait dans l’intérêt supérieur de l’enfant !

Où est l’intérêt supérieur de l’enfant, « considération primordiale », rappelée par la Convention internationale des droits de l’enfant, dont la France est signataire ?

Ces jeunes doivent être protégés, accompagnés, bénéficier d’une prise en charge éducative effective qui fait actuellement cruellement défaut, pluridisciplinaire (en matière civile tant par les départements que par la Protection Judiciaire de la Jeunesse qui connaît leurs problématiques particulières), basée sur la confiance en l’adulte, qu’elles et ils doivent réapprendre, ayant souvent été trompés dans leurs vies par ceux qui les ont entourés auparavant.

Ce n’est que par les mesures de protection que ces jeunes pourront se réinsérer, ce qui est de leur intérêt et de celui la société.

Alors que le débat médiatique glisse, sans surprise, vers la question plus large de l’évaluation de minorité des mineur.e.s isolé.e.s, qui n’était pas l’objet de ce rapport,

Nos organisations et associations signataires demandent que soit mise en place, sans stigmatisation, sans discrimination, sans fichage, une vraie politique éducative faite d’accompagnement, de protection, d’éducation, de soins et d’insertion pour ces jeunes, qui sont avant tout des enfants en souffrance !

Le 17 mars 2021

Liste des signataires :

La Ligue des Droits de l’Homme, le Syndicat de la magistrature, InfoMIE, le GISTI, l’Ordre des avocats du barreau de Paris, Le Syndicat des avocats de France, le SNPES PJJ / FSU, l’ADDE, la FSU, la CGT, la CIMADE, le SNEPAP-FSU, le Secours Catholique Caritas France, AADJAM, Solidaires Justice, Fédération sud Collectivités Territoriales, SNUASFP FSU, Solidaires, Fédération Sud Santé Sociaux, SNUTER-FSU, Soutien à 59 SAINT JUST

mardi 2 juin 2020

Coronavirus : un bilan tragique pour les MNA

Bilan de Médecins du Monde et Médecins sans Frontières, publié sur le site de Médecins du Monde :

En pleine crise sanitaire, nos organisations médicales humanitaires tirent le constat alarmant de l’abandon par les conseils départementaux des adolescents en procédure pour faire reconnaitre leur minorité et leur isolement. L’hébergement, l’accès aux soins et à la nourriture de ces mineurs ont plus que jamais reposé sur l’engagement des associations et collectifs citoyens, sans qu’aucune protection adaptée ne leur soit proposée par les pouvoirs publics.

Coronavirus : un accès aux soins pour les mineurs non accompagnés garanti par les associations
En pleine pandémie, l’accès aux soins de santé et à la prévention de ces jeunes mineurs non accompagnés a été garanti par les associations. Du 15 mars au 15 mai à Paris, Médecins sans frontières (MSF) et Médecins du Monde (MdM) ont réalisé près de 400 consultations médicales et plus de 730 consultations psychologiques, en partenariat avec le COMEDE, auprès de mineurs non-accompagnés (MNA) en recours. Partout, le refus de reconnaissance de leur minorité par les conseils départementaux a servi de prétexte aux autorités pour se renvoyer la balle au détriment de leur santé. En résultent de nombreux signalements par nos deux associations auprès des autorités départementales et judiciaires compétentes concernant des risques sanitaires, somatiques ou psychologiques. Alors que les signalements auprès des conseils départementaux sont restés sans effet, la justice, saisie par les associations, s’est prononcée pour le placement et la protection de plus de 70 mineurs à Paris.

Des mineurs non accompagnés ignorés par l’Etat qui doit les protéger
En dépit des risques sanitaires avérés et des alertes répétées, aucun hébergement digne et adapté n’a été proposé aux MNA en procédure. Médecins sans frontières a ainsi financé la mise à l’abri en hôtels de plus de 170 d’entre eux à Paris, Bordeaux et Marseille. A Paris, 107 autres mineurs auraient passé le confinement à la rue sans l’intervention des hébergeurs solidaires et des associations Paris d’Exil, TIMMY – Soutien aux Mineurs Exilés, les Midis du MIE, La Casa et Utopia 56. Cette dernière a également hébergé une cinquantaine de mineurs à Rennes et à Tours. Dans le même temps, et dans plusieurs villes de France, les hébergements concédés par les pouvoirs publics ne l’ont été qu’après que des avocats et associations aient eu à saisir la justice. A Paris, l’unique solution d’hébergement proposée l’a été après six semaines de confinement, dans un gymnase, inadapté aux consignes sanitaires, et pensé comme un sas pour réorienter ces mineurs vers les dispositifs pour adultes en situation de précarité. Ainsi, malgré les effets d’annonce, ce sont des centaines de mineurs qui sont restés à la rue en pleine crise sanitaire, en dépit des consignes de confinement.
« A Paris, plus de 7 300 repas ont été distribués aux MNA durant le confinement. »
L’accès à la nourriture des mineurs non accompagnés en recours a également été laissé à la charge des associations.
Dans la seule ville de Paris, Médecins sans frontières et Médecins du Monde ont accompagné 260 mineurs en recours sur les plans médical, psychologique, juridique et social durant la période du confinement, auquel s’ajoutent la centaine d’autres suivie par les autres associations.
En dépit des annonces d’Adrien Taquet, Secrétaire d’État chargé de la protection de l’enfance, le 22 mars 20201, nos associations de terrain2, ont constaté qu’une fois encore, les mineurs non accompagnés en recours ont été ignorés par les départements à qui il incombe pourtant de les protéger.
Alerter sur la situation dramatique des mineurs non accompagnés en France
Depuis de nombreuses années pourtant, nos organisations, en lien avec d’autres associations et collectifs citoyens sur le territoire, ne cessent d’alerter sur la situation dramatique des mineurs non accompagnés pendant la phase du recours. Ces alertes ont été renouvelées pendant le confinement auprès des conseils départementaux et, compte tenu de la dimension sanitaire, auprès de la Direction Générale de la Santé, d’Agences Régionales de Santé et du Conseil scientifique Covid-19 sans trouver d’écho ni de résolution.​
Les personnes se déclarant mineures et isolées doivent être considérées comme des enfants en danger et donc être protégées comme tels jusqu’à la décision judiciaire définitive se prononçant sur leur situation. Cela doit avant tout se traduire par une véritable politique d’accueil dès leur arrivée en France, reposant sur un temps de répit et de soins dans le respect de l’intérêt supérieur de l’enfant.
Ces demandes ne sont ni nouvelles ni inatteignables : elles constituent le simple respect de la loi française et de la Convention internationale des droits de l’enfant dont la France est signataire. Les conseils départementaux sont responsables des mineurs non accompagnés. Il est temps que cette responsabilité soit pleinement assumée.
Médecins du Monde a ouvert en 2016 à Paris, Nantes et Caen des programmes dédiés aux mineurs non accompagnés en attente de la reconnaissance de leur minorité et isolement, leur proposant des consultations médico-psycho-sociales et un accompagnement dans l’accès à un parcours de soins. En 2019, l’association a reçu près de 2 000 MNA sur l’ensemble de ses programmes en France.
Médecins sans frontières est une association médicale humanitaire internationale créée en 1971 par des médecins et des journalistes. A Pantin (Seine Saint-Denis), Médecins Sans Frontières a ouvert, en 2017, un centre d’accueil et d’orientation autour de pôles infirmier, santé mentale, juridique et social, qui a accueilli plus de 1 600 jeunes depuis son ouverture. Un centre d’hébergement de 36 lits à Neuilly Plaisance (Seine Saint-Denis) accueille depuis août 2018 des jeunes avant leur placement dans les familles d’hébergeurs solidaires du réseau « Accueillons ». Au total, depuis 2018, près de 400 mineurs non accompagnés ont été hébergés avec un suivi pluridisciplinaire (juridique, médical, social, psychologique) par Médecins sans Frontières et près de 1 000 mises à l’abri d’urgence ont été financées.

mercredi 15 août 2018

La France doit prendre ses responsabilités dans la crise migratoire

La CGT appelle le gouvernement français à prendre sa responsabilité en autorisant sans délai l’entrée de l’Aquarius dans ses ports.
Ce navire, appartenant à une ONG européenne, cherche un port pour permettre l’accueil d’urgence des 141 survivants qu’elle a secourus dans la Méditerranée. L’Italie et Malte — qui n’est pourtant qu’à une distance de seulement 32 nm (60 km) de la position actuelle du navire — lui refusent l’entrée dans ses ports.
En France, le port de Sète ainsi que la collectivité territoriale de Corse se disent prêts à accueillir les personnes secourues. Or, l’Élysée tergiverse, et ne donne toujours pas l’autorisation à l’Aquarius de se diriger vers les ports français.
Pour la CGT, le comportement du gouvernement français dans ce contexte est inhumain, cynique et inacceptable. Dans un pays qui se targue d’être la patrie des droits de l’homme, il n’est pas concevable de refuser à des personnes en détresse, qui ont été secourues en haute mer, l’accès à la terre ferme, à des soins médicaux et à une prise en charge administrative respectueuse de leurs droits.
Les odyssées des différents groupes de migrants sauvés sur des embarcations de fortune ces dernières semaines sont indignes d’une Union européenne et de ses États membres. Les actuels agissements des gouvernements européens font des migrants des objets d’une stratégie politicienne. Cela est cynique et inhumain. Le repli sur soi nous détourne des questions importantes, qui émergent au-delà des frontières européennes.
Pour la CGT, il n’est pas concevable que, sous prétexte d’une règle européenne (Dublin) dont tout le monde convient qu’elle est inapplicable et injuste, on accepte de mettre en péril des vies humaines, tout en regardant — et comptabilisant — les victimes se noyer.
Il est urgent d’agir en respect de nos valeurs : solidarité, humanité et droits de l’homme. La CGT mènera ce combat, préparant des initiatives.

Montreuil, le 14 août 2018

mercredi 18 juillet 2018

En finir avec l’emprisonnement des mineur-e-s isolé-e-s étranger-e-s

En finir avec l’emprisonnement des mineur-e-s isolé-e-s étranger-e-s dans l’Hérault


Communiqué du collectif Jujie, dont la LDH est membre
Comme la loi le prévoit [1], il revient à chaque département de mettre en place l’accueil provisoire d’urgence de toute personne se déclarant mineure et privée temporairement ou définitivement de la protection de sa famille, période durant laquelle le département doit évaluer la minorité et la situation d’isolement, puis notifier une décision d’admission ou de non-admission au bénéfice de l’aide sociale à l’enfance.
La mise à l’abri et l’évaluation sociale dans l’Hérault, durent en moyenne de sept à neuf mois, pendant lesquels les jeunes sont hébergé-e-s à l’hôtel avec un suivi éducatif indigent. En effet, après l’évaluation sociale, et quelles qu’en soient les conclusions, est mis en œuvre un contrôle des documents d’identité qui prend beaucoup de temps. Après ces différents contrôles, le parquet demande le plus souvent des examens osseux, pratiqués dans des conditions extrêmement contestables au regard de la loi.  En effet, l’article 388 prévoit que les examens radiologiques osseux aux fins de détermination de l’âge doivent être faits : « en l’absence de documents d’identité valables et lorsque l’âge allégué n’est pas vraisemblable ». Or, la plupart des jeunes ont des documents d’identité prouvant leur minorité mais les résultats des tests semblent toujours prévaloir. De plus, la marge d’erreur de dix-huit mois habituellement admise par le corps médical n’est pas prise en compte alors qu’il est prévu à l’article 388 du code civil que  : « les conclusions de ces examens, qui doivent préciser la marge d’erreur, ne peuvent à elles seules permettre de déterminer si l’intéressé est mineur. Le doute profite à l’intéressé. »
Enfin, des médecins procèdent encore parfois à des examens intrusifs, demandant aux enfants de se dénuder pour examiner leurs parties génitales ce qui est interdit par ce même article[2].
Les jeunes suspecté-e-s de fraude sont arrêté-e-s à leur domicile par la police, dès six heures du matin. Ils et elles doivent choisir entre comparaître immédiatement devant un-e juge avec un-e avocat-e commis-e d’office ou demander à ce que l’audience soit reportée en étant placé-e-s en détention provisoire jusqu’au procès.  Ils et elles sont jugé-e-s pour les délits de faux et usage de faux ainsi que pour escroquerie à l’aide sociale.
Depuis un an, plus d’une trentaine de mineur-e-s isolé-e-s étranger-ère-s ont été condamné-e-s à des peines de prison ferme de trois à six mois, accusé-e-s d’avoir utilisé de faux documents d’identité en vue de bénéficier de la protection de l’aide sociale à l’enfance. Ces peines sont assorties de trois à cinq ans d’interdiction du territoire français. A titre d’exemple, un jeune a été condamné le mercredi 13 juin à quatre mois fermes, cinq ans d’interdiction de séjour et à verser 92.000 euros au département en remboursement du coût de sa mise à l’abri, celui se portant systématiquement partie civile lors du procès.
Lorsque ces jeunes sortent de prison, ils et elles sont envoyé-e-s en centre de rétention. Certain-e-s sont expulsé-e-s, d’autres sont parfois relâché-e-s par le ou la juge des libertés et de la détention lorsque celui-ci ou celle-ci considère qu’il y a finalement un doute sur leur majorité.
Mais ils et elles sont alors à la rue, sans possibilité de bénéficier d’une quelconque autre prise en charge. Considéré-e-s comme majeur-e-s par le département, ils et elles sont pourtant toujours des mineur-e-s pour l’ensemble des autres acteurs sociaux au vu de leurs documents d’état-civil. Ils et elles sont donc exclu-e-s à la fois du dispositif de protection prévu pour les mineur-e-s mais aussi de celui prévu pour les majeur-e-s, le Samu social refusant d’héberger des mineur-e-s.
A la maltraitance et l’acharnement que subissent ces jeunes, s’ajoute l’intimidation policière envers les militant-e-s qui les aident, notamment lors des descentes de police à domicile au petit matin.
Les poursuites pénales à l’égard de jeunes isolé-e-s dont la minorité est contestée étaient devenues systématiques dans le département du Rhône jusqu’à ce que la cour d’appel de Lyon ne mette un terme à ces pratiques en annulant toutes les condamnations. Ces poursuites, qui s’intensifient dans d’autres départements tels que la Haute-Garonne, les Pyrénées-Atlantiques ou l’Yonne sont symptomatiques d’une politique de dissuasion qui vise à limiter le nombre des mineur-e-s isolé-e-s à prendre en charge au titre de la protection de l’enfance.
Nous demandons que les pouvoirs publics respectent leurs engagements nationaux et internationaux  dans une logique de protection des enfants, et non d’exclusion et de dissuasion.
Paris, le 17 juillet 2018

Le collectif Jujie est composé des organisations suivantes : ADMIE (Association pour la défense des mineurs isolés étrangers) – AMIE Lyon (Accueil des mineurs isolés étrangers) – La Cimade –  DEI-France (Défense des enfants International) – Enseignants pour la paix – Fasti (Fédération des associations de solidarité avec tou⋅te⋅s les immigré⋅e⋅s) – Fédération Sud Éducation – FCPE Nationale (Fédération des conseils de parents d’élèves) – FERC-CGT (Fédération de l’Éducation, de la Recherche et de la Culture) – FSU (Fédération syndicale unitaire) – Gisti (Groupement d’information et de soutien des immigré⋅e⋅s) – LDH (Ligue des droits de l’Homme) – Médecins du Monde – MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples) – Melting passes – Min’de rien 86 – Paris d’Exil – RESF (Réseau éducation sans frontières) – SAF (Syndicat des avocats de France) – SNPES-PJJ/FSU (Syndicat national des personnels de l’éducation et du social -PJJ/FSU) – Syndicat de la magistrature

[1] L’article 375 du code civil et les articles L. 223-2, alinéas 2 et 4, et R. 221-11 du code de l’action sociale et des familles.
[2] « en cas de doute sur la minorité de l’intéressé, il ne peut être procédé à une évaluation de son âge à partir d’un examen du développement pubertaire des caractères sexuels primaires et secondaires. »

samedi 7 avril 2018

Etats Généraux des Migrations

Très beau rassemblement et belle manifestation ce 7 avril a eu lieu aux Etats Généraux des Migrations, auxquels participait la CGT ANRAS.








mardi 3 avril 2018

Etats Généraux des Migrations, 7 avril dès 10h

Le 7 avril, la CGT de l'ANRAS participera aux Etats Généraux des Migrations.
Voilà le programme :


jeudi 11 janvier 2018

Les personnels de la santé et de la solidarité ne sont pas des chasseurs de migrants !

Par nos camarades du Snass-CGT et du Smast-CGT
Le Syndicat national des affaires sociales et sanitaires (Snass-CGT) et le Syndicat du ministère des affaires sociales et du travail (Smast-CGT) publient un communiqué pour dénoncer la chasse aux étrangers irréguliers imposée aux agents de la fonction publique.
Le 7 décembre, l’Agence régionale de santé (ARS) Paca a demandé aux professionnels des établissements de santé psychiatrique de recenser les étrangers en situation irrégulière et hospitalisés sous contrainte, pour leur faire signer une obligation de quitter le territoire.
Le 12 décembre, une instruction du ministère de l’Intérieur demande la constitution d’équipes mobiles chargées de recenser les personnes en situation irrégulière dans les centres d’hébergement d’urgence. Ces équipes devraient être composés de professionnels de l’OFII (Office français de l’immigration et de l’intégration), du ministère de l’Intérieur, et de personnels compétents en matière de veille sociale.
Ces deux mesures, rappellent le Snass-CGT et le Smast-CGT, interviennent dans le cadre polémique de la publication d’une circulaire du 20 novembre 2017 du ministère de l’Intérieur, qui rétablit la politique du chiffre en matière d’expulsion et organise la surveillance et le contrôle des migrants dès le début de leur parcours en France.
« La CGT dénonce cette dérive politique qui tente d’utiliser des agents du ministère des solidarités et de la santé dont ce n’est pas le rôle, pour organiser la surveillance des personnes étrangères et mettre en œuvre des décisions de police. » Et d’ajouter : « il est urgent d’aborder l’accueil des migrants sous un angle humaniste et réaliste car les politiques actuelles n’apportent pas de réponse aux problèmes que rencontrent les personnes migrantes. »

jeudi 4 mai 2017

« Travailleurs sociaux précarisés, étrangers maltraités »

On reproduit ici un excellent article de Plein droit « Travailleurs sociaux précarisés, étrangers maltraités » (n°112, Mars 2017), une publication du GISTI.

couverture

Entre éthique et libéralisme

Christophe Daadouch

Formateur en école de travail social et membre du Gisti
Les professionnels sociaux sont plus que jamais acteurs des politiques migratoires. De lois en lois, ils se sont vu confier des compétences de contrôle ou de sélection des migrants. Le tournant a été pris avec la loi du 26 novembre 2003 qui confère aux centres communaux d’action sociale le soin de mener une enquête auprès des familles qui feraient une demande d’attestation d’accueil ou de regroupement familial. Citons également la circulaire du 26 août 2012 « relative à l’anticipation et à l’accompagnement des opérations d’évacuation des campements illicites » qui prévoit un « diagnostic social » avant toute expulsion. La prise en charge des mineurs isolés constitue également une excellente illustration de ces nouvelles missions. Les professionnels de l’action sociale interviennent à chaque étape : de l’évaluation de la minorité et de l’isolement à l’accompagnement. L’article L. 313.11 al. 2 bis du code de l’entrée et du séjour et du droit d’asile les enjoint même de garantir l’absence de lien entre le jeune et sa famille, son projet de formation ou son insertion dans la société française. Plus récemment, que dire de la levée du secret professionnel introduit par l’article 48 de la loi du 7 mars 2016 pour permettre à la préfecture de vérifier l’exactitude des déclarations des migrants qui sollicitent un titre de séjour Chacune de ces réglementations a été imposée sans concertation préalable avec les acteurs du secteur concerné. Caution ou garantie, les professionnels sociaux sont en première ligne et souvent démunis face aux enjeux politiques et éthiques que posent ces prérogatives nouvelles.
Leur isolement est d’abord politique. Les corps intermédiaires et, en particulier, les associations professionnelles sont particulièrement fragiles et peu représentatifs. Il est d’ailleurs symptomatique que ni l’Association nationale des assistants de service social (Anas) ni l’Organisation nationale des éducateurs spécialisés (Ones) n’aient jugé bon de soutenir Ibtissam Bouchaara, éducatrice spécialisée menacée de licenciement pour avoir dénoncé les conditions d’accueil des mineurs isolés (lire son témoignage dans ce numéro). Ce cas de figure sans précédent de sanction à l’encontre d’une professionnelle sociale qui fait prévaloir éthique et déontologie de l’action sociale aurait logiquement dû trouver écho auprès de ces organisations. D’autant qu’elles participent à des instances nationales comme le Haut Conseil du travail social ou le Conseil national de la protection de l’enfance où leur point de vue peut trouver un large écho.

Un secteur peu structuré

La faiblesse du corporatisme dans le champ du social est une conséquence de son émiettement. Comment fédérer, mobiliser autour de combats communs un professionnel d’un centre d’accueil de demandeurs d’asile (Cada) ou chargé des mineurs isolés étrangers, d’un côté, avec des professionnels du champ du handicap ou du vieillissement de l’autre On a pu constater ce manque de cohésion par la faiblesse des mobilisations lorsque la loi Sarkozy relative à la prévention de la délinquance de 2007 fut adoptée, qui prévoyait le partage d’informations entre les professionnels sociaux et les élus locaux. Plus récemment, cet émiettement corporatiste, et donc cet isolement politique, a été manifeste lors de la suppression – sans mobilisation commune – de la prévention spécialisée (éducateurs de rue) dans une dizaine de départements. Les seules mobilisations convergentes et récentes des acteurs se sont faites autour de la réforme de la convention du 15 mars 1966 qui régit nombre d’établissements et services médicosociaux (près de 250 000 professionnels). Autrement dit, pour défendre le statut des professionnels plutôt que le public accompagné.
Comment fédérer au demeurant des professionnels aux convictions aussi différentes Le champ du social n’a pas échappé aux poncifs actuels – parfois alimentés par les usagers eux-mêmes – sur les étrangers, les fraudeurs, les délinquants, etc. Le racisme touche désormais des secteurs professionnels qui en étaient jusqu’alors préservés. Pendant longtemps, on a même pu penser qu’ils ne pouvaient adhérer à ce discours et étaient, par définition, armés dans la lutte contre la discrimination. Ce n’est que récemment que la question des postures professionnelles face au racisme et de la formation spécifique à ces enjeux a été posée [1]. Les réductions budgétaires ont d’abord concerné les formations en matière de droit des étrangers, mais surtout celles relatives à l’ethnologie et à l’anthropologie, désormais considérées comme accessoires. À l’inverse, des enveloppes budgétaires conséquentes se sont récemment débloquées pour former, dans l’urgence et parfois la contrainte, des milliers de travailleurs sociaux à la diversité religieuse, à la laïcité mais surtout à la déradicalisation.
Le profil des professionnels sociaux a par ailleurs considérablement évolué. Le contexte économique a ici une double conséquence. D’abord, il pousse certains à choisir les métiers sociaux par défaut, sans le supplément d’âme qui animait leurs prédécesseurs – on parlait alors d’engagement. Ils exercent ces métiers comme ils pourraient en exercer d’autres, l’essentiel étant d’accéder à un emploi. Une analyse fine montrerait à coup sûr un phénomène identique dans le recrutement des enseignants.
Deuxième conséquence : il n’y a jamais eu autant de proximité sociale et économique entre les aidants et les aidés. Faible rémunération, contrats précaires, pointeuse et logique comptable sont devenus le quotidien de l’action sociale. La durée des entretiens sociaux est méthodiquement calculée – et tant pis si l’usager a besoin de plus de temps du fait de son isolement, de son âge, de son handicap ou de sa faible maîtrise de la langue. Quant à l’accompagnement... On n’a jamais autant utilisé le terme d’accompagnement dans le champ de l’action sociale depuis que les professionnels n’ont plus le temps, les moyens ou l’envie de le faire.
Relisons le courrier, exemplaire à ce titre, du directeur de la caisse primaire d’assurance maladie des Hauts-de-Seine à l’Observatoire du droit à la santé des étrangers (ODSE, novembre 2014). En réponse au collectif qui évoquait le difficile accès des migrants à la CPAM du fait de la barrière linguistique, il répondit : « Depuis l’ordonnance de Villers-Cotterets de 1539, la langue officielle en France est le français. » Et de renverser le schéma : « Il demeure indispensable que les personnes non francophones souhaitant accéder à leurs droits soient en mesure de se faire (nous soulignons) accompagner dans ces démarches. Cet accompagnement relève d’autres acteurs, en particulier des associations. »
Les mêmes tensions budgétaires ont conduit à des embauches au rabais de personnes faisant fonction de travailleurs sociaux. Cette armée de réserve bon marché de « médiateurs » sociaux, non diplômés, est particulièrement mobilisée dans le champ du travail social auprès des migrants. L’absence de formation, particulièrement sur les questions d’éthique, de distance, d’empathie ou de responsabilité se fera inéluctablement sentir dans ses positionnements quotidiens. Les identités professionnelles sont méthodiquement écrasées, laissant supposer que tout le monde est un peu éducateur ou assistant de service social. Dès lors, il ne faut pas s’étonner que la réforme en cours des diplômes de travail social suscite de vives inquiétudes. En regroupant les 14 diplômes en 4 grandes filières sociales (éducative, sociale, familiale et managériale), il s’agit officiellement d’avoir « un socle commun de compétences éthiques, techniques et transversales permettant de renforcer la culture commune des professionnels et de favoriser le travail en réseau, mais aussi les mobilités professionnelles ». Ainsi, la création demain d’un métier d’« intervenant social ou socio-éducatif » ne peut-elle qu’engendrer des questionnements. Une fois de plus d’ailleurs, le champ de l’immigration est un espace d’expérimentation préfigurant les pires évolutions. C’est déjà le cas dans les plateformes d’accueil des demandeurs d’asile (Pada), les centres d’accueil et d’orientation des mineurs isolés étrangers (CAOMI) ou les centres d’accueil et d’orientation (CAO) [2] où ont été recrutés des « intervenants sociaux » non formés à l’intervention sociale : animateurs, juristes, éducateurs techniques Pour les résultats que l’on connaît [3].

Équilibre rompu

Ces évolutions sont à replacer dans le contexte plus large du secteur associatif social. Si dans certains champs d’intervention, le rapport entre les pouvoirs publics et les associations est fait de complémentarité et de respect du fait associatif – c’est particulièrement le cas dans le champ du handicap –, cet équilibre est rompu dans le champ de l’immigration. À l’échelle nationale, le tournant a été pris sous la présidence de Nicolas Sarkozy avec la fusion au sein d’un seul ministère, celui de l’intérieur, de l’ensemble des politiques migratoires, y compris sociales et linguistiques qui relevaient jusqu’alors du ministère des affaires sociales. Concrètement, cela signifie, par exemple, que les centres sociaux et culturels qui assurent les cours de français pour les migrants doivent vérifier que ces derniers sont en situation régulière et ont bien signé le contrat d’intégration républicaine (CIR), dont ils transmettent ensuite les références à la préfecture. Dans le cas contraire, il en va de la pérennité du financement de cette activité. La menace est identique pour les professionnels des Cada, des travailleurs sociaux donc, qui doivent, avec la plus grande célérité, « fluidifier » (euphémisme pour dire expulser) le parcours en Cada une fois que la demande d’asile des hébergés a été définitivement rejetée [4], là aussi sous peine de sanctions financières.
Les logiques d’appel d’offres et de mise en concurrence issues des traités européens ont, tant au niveau national que local, brisé toute forme de solidarité entre les acteurs associatifs. Dans le même temps, les associations sont « invitées » à « mutualiser » ou à « fusionner » afin de réduire les coûts d’exploitation sans aucune considération pour leurs histoires, leurs valeurs, leurs projets associatifs et leurs salariés. Récemment, au directeur d’un service intégré de l’accueil et de l’orientation (SIAO) [5] qui rappelait à un préfet que l’accueil universel – avec ou sans papiers – était inscrit dans les textes, il a été précisé que la convention qui le liait avec les services de l’État prenait fin prochainement et qu’une autre association était candidate avec probablement moins d’états d’âme ! Pis, le secteur associatif est instrumentalisé pour contourner et étouffer les réactions de professionnels sociaux du secteur public. Dans le domaine du droit pénal des mineurs, il en fut ainsi des centres éducatifs fermés, très critiqués par les éducateurs du ministère de la justice (PJJ) qui refusèrent d’y intervenir. Résultat : la grande majorité fut confiée au secteur privé qui fit appel à des jeunes professionnels en contrats précaires, peu ou pas formés, peu ou pas encadrés. Avec des dérives pointées tant par le Défenseur des droits, le Contrôleur des lieux de privation de liberté [6] et le ministère lui-même [7].
Ce fut encore le cas, dans nombre de départements, lorsqu’il s’est agi de faire le « tri » des mineurs isolés. Face aux résistances réelles ou pressenties des professionnels du secteur public – ayant, eux, la garantie de l’emploi et donc une plus grande liberté d’expression de leur divergence –, le choix fut fait de confier cette mission à des plateformes associatives liées par des conventions de partenariat de courte durée et résiliables à merci, avec des prix de journée au rabais. Comment s’étonner alors de l’absence de qualification et de formation des professionnels positionnés sur ces missions [8] ?
Au nom de la concurrence et de la prétendue qualité qu’elle engendrerait [9], les projets associatifs se réduisent aujourd’hui à attendre les opportunités et les marchés. Les subventions de fonctionnement se font de plus en plus rares ; seuls les commandes publiques et les appels à projets permettent de boucler des budgets associatifs exsangues. De plus en plus, les associations sont contraintes de lancer des actions sur leurs fonds propres – quand elles en ont – avant de recevoir une réponse à l’appel à projets auquel elles ont candidaté. Cette prise de risque est particulièrement marquée pour les actions financées sur fonds européens, le Fonds social notamment. Comment embaucher en CDI sans avoir de garanties sur la pérennité de l’action entreprise ? En quelques années, certaines associations sont devenues de grandes entreprises qui ont recruté des spécialistes de la novlangue de l’appel à projets, quand d’autres, plus chevillées à leurs valeurs, sont mortes. Sans argent mais avec la gloire.



Notes

[1Faïza Guélamine, Le travail social face au racisme. Contribution à la lutte contre les discriminations, ENSP, 2006. Le travail social face aux discriminations : intervention sociale, ethnicité et lutte contre le racisme en Europe, sous la direction de Manuel Boucher, Aux lieux d’être, 2008. Mireille Eberhard et Faïza Guélamine, « Former les travailleurs sociaux dans le domaine des discriminations. Pour une approche pédagogique du “racisme en acte” », Hommes et migrations n° 1290, 2011, p. 56-65.
[2Lire l’article de Clémence Flaux dans ce numéro.
[3Les articles de ce dossier de Plein droit sont autant d’illustrations des conséquences de ces recrutements au rabais.
[4Voir, par exemple, l’instruction ministérielle du 19 septembre 2016 relative à la fluidité du parc d’hébergement des demandeurs d’asile.
[5Dispositif chargé de la prise en charge des personnes sans domicile ou mal-logées.
[6Rapport de novembre 2013.
[7Courrier de la ministre du 8 janvier 2015 et rapport de l’inspection générale des services judiciaires, juillet 2015. Voir également la note interne du 4 août 2015 au titre éloquent : « Alerte sur les risques ou situations de maltraitance en centre éducatif fermé ». Sur le lien entre formation et violence en CEF : Jean-Luc Rongé, « Prévenir la violence institutionnelle : les "dysfonctionnements" dans un CEF de la PJJ à Savigny-sur-Orge », Journal droit des jeunes, 2010.
[8Décision du Défenseur des droits, MDE-2012-179, Recommandation n° 4 « le Défenseur des droits recommande que ce processus d’évaluation soit guidé par l’intérêt supérieur de l’enfant et soit mené de manière bienveillante, par des professionnels qualifiés, assistants de service social ou éducateurs spécialisés ayant reçu une formation complémentaire à la problématique des mineurs isolés étrangers et maîtrisant les techniques d’entretien adaptées à l’âge, au sexe de l’enfant. »
[9Ce fut le même argument de la concurrence qui fut avancé par Éric Besson pour remettre en cause le « monopole » de la Cimade en rétention.

samedi 11 mars 2017

Sur les migrants : Voir, lire et écouter pour mieux comprendre

Dans le prolongement de notre résolution de congrès sur les dérives du secteur, on vous propose un intéressant article sur le sujet :
- Us et abus de la gouvernance des migrations: le droit des Etats contre le droit des personnes

Et à voir, la conférence : Mineur(e)s et jeunes en mobilité 

Sur Radio Mon Païs, une interview de notre camarade Françoise, Déléguée Syndicale CGT dans un des établissements de l'ANRAS : ECOUTER ICI

lundi 30 janvier 2017

Mort de Denko Sissoko, répression pour Ibtissam : solidarité !

Il était arrivé en France en octobre 2016. Il a perdu la vie au pied d’un foyer d’accueil de Châlons-en-Champagne le 6 janvier 2017. Denko Sissoko, jeune Malien, s’est défenestré du 8e étage de l’établissement qui l’accueillait. Il occupait, depuis le 22 novembre, l’une des 73 chambres pour mineurs isolés mises à disposition par le Service d’Accueil des Mineurs Isolés Étrangers (SAMIE) du département de la Marne et gérées par l’Association Châlonnaise des Foyers d’Accueil (ACFA).
Selon le procureur de la République, le jeune homme se serait suicidé. De leurs côtés, les associations laissent entendre que le réfugié aurait sauté sous la pression d’un équipage de police venu le chercher pour l’expulser parce que son statut de mineur n’aurait pas été reconnu. Après avoir fui le Mali, Denko Sissoko est passé par la Libye et l’Italie, où il était resté un an et demi, avant d’avoir assez d’argent pour venir en France. “Il ne venait pas de la jungle de Calais. Il s’était présenté spontanément au commissariat de Reims le 3 novembre dernier”, précise le procureur. Il disait avoir 16 ans. Selon la préfecture de la Marne, le jeune Malien n’était pas encore connu des services préfectoraux car il n’était qu’au début de ses démarches administratives.
La suite de l'article sur le Bondy Blog qui décrit le quotidien des jeunes migrants "pris en charge". Et lorsqu'une éducatrice dénonce les conditions indignes et révoltantes dans lesquelles sont hébergés ces mineurs isolés, la répression de son employeur s'abat sur elle :

Éducatrice, elle dénonce les conditions indignes d’hébergement des mineurs isolés migrants suite à la mort d’un jeune, Denko Sissoko, et maintenant on veut la licencier !
 Le SAMIE créé en septembre 2015 accueille au foyer Bellevue à Châlons-en-Champagne des mineurs isolés étrangers dans un ancien foyer de travailleurs immigrés transformé en résidence sociale. Les mineurs isolés partagent ce lieu d’hébergement avec d’autres résidents adultes qui sont dans une situation sociale précaire.
 Il y a quelques semaines, une éducatrice, déléguée du personnel de l’association la Sauvegarde, a été alertée sur les conditions d’accueil de ces mineurs mis à l’abri par le département de la Marne. Les constatations observées lors de sa visite sont effarantes :
 Un bâtiment non sécurisé, dans un quartier difficile de Châlons-en-Champagne avec des conditions d’hygiène dégradées (blattes dans les sanitaires, moisissures dans les chambres…)
  •  Mélange de mineurs en attente d’évaluation, de jeunes confiés à la protection de l’enfance, et de majeurs en grandes difficultés sociales
  • Pas d’ailes distinctes entre les mineurs isolés et les autres résidents.
  • Pas d’espace commun passé 18h.
  • Pas de véritable cadre éducatif, lié à un manque de moyen cruel (4 éducateurs pour 73 mineurs)
  • Pas de numéro pour joindre quelqu’un en cas d’urgence, notamment la nuit.
  • Absence de personnel de nuit de 18h à 9h : les jeunes peuvent sortir la nuit et faire entrer des personnes comme bon leur semble.
  • Grand sentiment d’insécurité la nuit, les jeunes se cloîtrent dans leur chambre, terrorisés par des adultes en état d’ébriété
  • Mauvais accès aux soins médicaux, manque de suivi des jeunes en difficultés sanitaires et psychologiques
  • Désengagement des éducateurs qui expliquent aux jeunes qu’ils ne sont pas décisionnaires, l’ASE étant la tutelle.
  • Intervention récurrente de la police à l’intérieur du centre pour expulser ou arrêter les jeunes en fin de prise en charge.
  • Peu de relais pour préparer les sorties vers d’autres structures, notamment d’hébergement d’urgence, en fin de prise en charge ou d’arrivée à la majorité
  • Pas de scolarisation ni de cours de Français Langue Etrangère pour les jeunes en attente d’évaluation, parfois pendant plus de 4 mois. Pendant ce temps, les délais courent.
  • Mauvais accompagnement scolaire des jeunes scolarisés, pas d’aide aux devoirs, peu de travail sur le projet d’orientation
 Au lendemain de la mort de Denko Sissoko, jeune résident du foyer qui s’est défenestré par peur de la police, Ibtissam a témoigné sur les conditions indignes d’accueil des jeunes au foyer Bellevue. Quelques jours plus tard, elle recevait de sa direction une convocation à un entretien préalable et elle risque aujourd’hui un licenciement, après 16 années au service de la Sauvegarde de la Marne !
 Nous, travailleurs sociaux, associations de défense des droits, syndicats ou simples citoyen.ne.s sommes révoltés par le comportement de cette association qui au lieu de remettre en cause la manière dont elle gère une mission de protection de l’enfance, préfère contraindre au silence celles et ceux qui s’indignent et cherchent à améliorer la prise en charge de ces jeunes.
 Nous demandons
  •  le maintien dans son poste d’Ibtissam
  •  la remise aux normes de cet hébergement

samedi 10 décembre 2016

Dérives du secteur associatif dans le social et le médico social

Le secteur social et médico social est depuis des décennies sous le joug de l’ultralibéralisme. Les conséquences et les effets pervers du capitalisme sont maintenant très visibles jusque dans nos pratiques.

Ne nous laissons pas abuser. Nous sommes bien sûr victimes de la marchandisation du secteur mais bien plus encore instrumentalisés par un pouvoir politique qui a mis en place progressivement les dispositifs assurant sa domination, se dotant pour cela d’un arsenal réglementaire, d’une logique d’entreprise insidieusement infiltrée au sein même des consciences des salariés, ainsi que d’un management adéquat.
Ce système va à l’encontre du principe même d’association loi 1901 basée à l’origine sur la solidarité via la société civile. Aujourd’hui, les associations sont professionnalisées, soumises au pouvoir politique qui les pourvoit, et qui exigent leur concentration pour permettre une plus grande compétitivité.
La tentation est grande pour ces associations, d’aller chercher ailleurs des sources de financement. La puissance publique se désengageant de plus en plus de la prise en charge des populations les plus démunies, elle fait en sorte que le secteur s’ouvre aux marchés. La misère humaine devient alors l’enjeu d’un marché très lucratif. Mais l’introduction des investisseurs privés au sein de nos associations signifie aussi un retour sur investissement nécessitant des gages de rentabilité. Les conséquences sont nombreuses. Il y a bien sûr une perte de sens pour les travailleurs sociaux que nous sommes, mais surtout ce système engendre de l’exclusion et de la discrimination. Dans un souci de rentabilité, les services sont sommés de faire le tri parmi les usagers, laissant pour compte les personnes les plus vulnérables qui alourdiraient considérablement la facture.
12 avril - Rassemblement pour la défense des Mineurs Etrangers
Isolés, des mamans mises à la rue et des jeunes majeurs
Sous couvert d’une communication bien pensante, affichant des bons sentiments à frais réduits, ce système produit donc du racisme et de la discrimination. Il s’est d’ailleurs construit historiquement sur fond de colonialisme.
L’ANRAS ne fait pas exception à la règle, empruntant au système capitaliste tous les rouages de la communication démagogique. Elle s’engage donc dans cette voie et prévoit à plus ou moins long terme la création d’une fondation. Elle est déjà pourvue d’un fond de dotation, première étape vers la création de cette fondation. Dans cette configuration les salariés ne sont qu’une variable d’ajustement et gare à ceux qui s’opposent. Tous les collectifs de travail ou de résistance sont mis à mal.
L’idée de bénévolat est introduite de manière insidieuse dans la littérature anrassiènne. Serions nous en train de revenir aux idées du XIXeme siècle avec ses dames patronnesses et ses pauvres à remettre au pas ? Seuls ceux qui pourraient rentrer dans les critères de rentabilité et de réadaptation seraient éligibles aux services proposés par notre association.
Les actes parlent d’eux-mêmes et contredisent les discours bienveillants teintés d’humanisme bon ton et à peu de frais. Les jeunes migrants sont triés et mis à la rue, les personnes âgées pourtant désignées comme particulièrement vulnérables, voient pour des raisons purement financières le prix de leur hébergement augmenter de manière considérable. Ne serait ce pas une tentative de trier le bon grain de l’ivraie ?
La coordination régionale CGT ANRAS s’engage à combattre toute forme de domination visant à produire de la discrimination, du racisme et de l’exclusion, et s’engage à protéger de ces effets pervers les salariés et in fine les usagers.

Nos usagers (jeunes en difficulté, anciens, handicapés, migrants...) ne sont ni des marchandises ni des parts de marché !

La CGT ANRAS réaffirme la revendication d'un grand service public de la santé et de l'action sociale qui garantisse une organisation du travail bien traitante, des conditions de travail décentes pour un accompagnement digne des usagers.

mardi 12 avril 2016

"À Toulouse, les travailleurs sociaux dénoncent la fin de la prise en charge hôtelière des mineurs isolés"

Article de Coté Toulouse : http://actu.cotetoulouse.fr/a-toulouse-les-travailleurs-sociaux-denoncent-la-remise-a-la-rue-de-mineurs-isoles_33687/

À l’appel de l’intersyndicale Solidaires Sud, FO et CG, plusieurs travailleurs sociaux se rassembleront, mardi 12 avril à 13 h, devant le Conseil départemental pour protester contre la décision du département de mettre fin à la prise en charge des mineurs isolés à compter de septembre 2016 et des familles à partir d’avril 2017. Cette décision du Conseil départemental votée à l’unanimité en assemblée plénière, mardi après-midi.

Plus d’accueil à compter d’avril 2016

Selon les syndicats, le Conseil départemental a également annoncé qu’aucun nouvel accueil hôtelier ne serait mis en place pour les mineurs isolés et parents avec enfants de trois enfants dès le mois de mai 2016. « Une démarche de réception des usagers et d’évaluation des situations » sera alors mise en place, précise Arnaud Simion, vice-président au Conseil départemental en charge de l’Action sociale.
Quant aux familles et jeunes déjà hébergés, ils ne pourront plus bénéficier du dispositif à partir du mois de septembre. Les jeunes majeurs de 19 ans ne bénéficieront, eux, d’aucune prise en charge d’ici fin 2017.
Les organisations syndicales du conseil départemental ont été reçues hier (lundi 11 avril, ndlr.) par des élus et l’administration de la collectivité au sujet de la protection de l’enfance et des familles. Il nous a été annoncé la fin de la prise en charge hôtelière pour les mineurs isolés, les mères avec enfants de moins de trois ans sans solutions d’hébergement et la fin de l’hébergement pour les jeunes majeurs au delà de 19 ans, est-il précisé dans un communiqué.

« Personne ne sera mis à la rue »

Ainsi, ce serait plusieurs centaines de familles et de jeunes, mineurs et majeurs, qui devront quitter le dispositif hôtelier, « sans toutefois bénéficier d’une solution d’hébergement », précisent les syndicats. Du côté du Conseil départemental, on assure que « personne ne sera mis à la rue » et que « des solutions d’hébergement seront trouvées » pour les personnes qui devront quitter le dispositif.
Soutenus par le Syndicat des Avocats de France, le syndicat de la magistrature, la Ligue des Droits de l’Homme et la Protection Judiciaire de la Jeunesse, les travailleurs sociaux dénoncent, quant à eux,un désengagement du département sur le sujet.
« On entend qu’il y a des difficultés financières, mais on peut pas mettre la responsabilité sur ces familles et ces jeunes. On dénonce cette politique de l’autruche, qui veut que comme on a pas de budget, on met les enfants et les familles à la rue. Il faut interpeller l’État et en discuter avec les acteurs sociaux », précise Claire Dujardin, membre du Syndicats des Avocats de France, pour qui le Conseil départemental fait ici défaut à sa mission de prise en charge des personnes fragiles.

40 places d’hébergement supplémentaires en 2016

Pour Arnaud Simion, vice-président du Conseil départemental en charge de l’Action sociale, « le dialogue n’a jamais été rompu avec les organisations syndicales », reçues dans les locaux du Conseil, jeudi dernier. Votée à l’unanimité au Conseil départemental, mardi 12 avril, le « plan protection de l’enfance 2020 » prévoit la fin du dispositif de prise en charge hôtelière au profit de la création de 450 places d’hébergement d’ici 2020 et du développement d’autres dispositifs d’accueil.
« Nous prenons la décision, dès 2016, de créer 40 places d’hébergement d’urgence supplémentaires et de mettre en place une plateforme gérée par une association qui permettra d’orienter et d’analyser le parcours des mineurs isolés », précise t-on au conseil départemental.
Photo de Mylène Renoult
Mylène Renoult