mardi 19 mai 2026

jeudi 30 avril 2026

mercredi 22 avril 2026

ERRD 2025 (budgets) : avis du CSE du 21/04/26

ANRAS/CD du Tarn : Et maintenant ?

Après notre démonstration de force collective le 9 avril, quelles perspectives ? ⤵️
 

Réponse des syndicats CGT, FO et Sud à l'ANRAS▶️ https://cgtanras.blogspot.com/2026/04/suite-aux-interpellations-des.html

La co-construction tous azimuts, ou l’art que rien ne sorte de terre

 Article de Muriel Bellivier et Sarah Proust, publié par la Fondation Jean Jaurès

 

L’expression « co-construire », quasiment toujours associée à « participatif », est depuis quelques années utilisée dans toutes les organisations. Muriel Bellivier, psychologue du travail, et Sarah Proust, experte associée à la Fondation Jean-Jaurès et fondatrice de Selkis, alertent sur la diffusion d’une notion qui se résume bien souvent à une participation sur les à-côtés, autrement dit sur ce qui in fine ne changera pas fondamentalement l’organisation.

Et si tout commençait par un conte ?

Il était une fois l’histoire d’un roi qui souhaitait construire la nouvelle capitale de son royaume, l’initiale ayant été submergée par la montée des eaux. Il sentait que ses sujets commençaient à mettre en doute ses capacités à régner. Quoique sa vision pour la capitale à construire fût claire, il réunit tous les habitants, des gueux aux ministres en passant par les femmes, les enfants et les commerçants, et leur tint ce discours : « comme je suis bon et sage, je ne déciderai pas seul de notre future maison commune. Nous allons tous donner notre avis sur le terrain idéal, les noms des rues et des ruelles, la nature et l’emplacement des principaux monuments, l’ambiance, les jardins et commerces, les fontaines et tabacs. Dès demain, je vais vous réunir en petits groupes, vous serez mélangés afin qu’il n’y ait plus de différence entre vous, car tout le monde a des idées. Je suis certes votre roi mais sans vous je ne peux rien entreprendre. Vous pourrez dessiner, imaginer, rêver et me ferez des propositions. Comme je ne veux rien imposer, exprimez-vous dans la joie et sans entraves, notre royaume en sortira grandi. La seule chose que je vous demande (il avait en réalité déjà fait mille demandes sans s’en rendre compte), c’est de nommer un rapporteur. Je ne serai pas là pour ne pas vous influencer car je sais combien ma parole compte ».

Après que tous les habitants du royaume se furent réunis en groupe sous les mille et une tentes dédiées, le roi demanda à ses ministres de lui remettre les copies de ses sujets ou plutôt la copie de chaque groupe de sujets. Certains ministres furent très ennuyés, toussèrent et regardèrent leurs mocassins, d’autres enthousiastes brandissaient des cartes, des dessins et des plans à foison. Le roi leur demanda des précisions et les réponses qui lui furent faites le mirent en colère : « mon groupe n’a pas fini », « dans le mien, tout le monde était absent, » « le mien, ils n’ont pas réussi à se mettre d’accord », « le mien, ils ont fait des projets mais sur autre chose », mais aussi « le mien, c’est incroyable sire, ils disent que c’est tellement génial que vous n’avez pas besoin de lire les propositions des autres » ou encore « dans le mien, ils sont tellement satisfaits d’eux-mêmes qu’ils ont commencé à bâtir la ville en quittant la tente ».

La mine grave, le roi demanda le silence et dit à son Premier ministre : « Retrouve le projet que le consultant a rédigé à ma demande l’année dernière, nous bâtirons notre ville selon son plan. C’est décidé. Rompez ! ».

La co-co ou l’art d’effacer les catégories

L’expression « co-construire », quasiment toujours associée à « participatif », est depuis quelques années utilisée dans toutes les organisations. En entreprise, on co-construit les projets de transformation, les sites internet, les valeurs, les aménagements des espaces, les démarches d’amélioration continue de la qualité, etc. Cette mode ne concerne pas que les relations collectives, elle s’étend à celles qui régissent les rapports individuels. Ainsi en est-il des fiches de poste, des objectifs, des feuilles de route, notamment. Pour ce qui concerne le secteur social et médico-social, on l’utilise pour qualifier les relations entre les salariés et les bénéficiaires. Quant à la sphère politique, elle n’est pas en reste avec les budgets participatifs et les espaces de concertation citoyenne. Le problème est que personne ne sait ce qui est co-construit : une décision ? Un process ? Une idée ? Un écrit ? Et surtout qui fait quoi à quel moment de la chaîne de décision ? Co-construire ne nous dit en effet rien sur le maître d’œuvre, le maître d’ouvrage, le maçon ou l’habitant. Consulter, faire participer, concerter, demander une contribution sont autant de procédés distincts qu’un manager peut utiliser, tous sont potentiellement porteurs de sens à condition d’être clairs sur les fins visées. Malheureusement, le terme « co-co » efface toutes ces catégories.

Un ménage nécessaire dans les notions

La consultation est une notion qui renvoie au dialogue social. Elle est précédée d’une nécessaire information, sinon elle place le consulté dans une situation de potentielle duperie. Les instances représentatives du personnel (IRP) sont obligatoirement informées et consultées, c’est leur prérogative et l’on sait combien cette consultation n’a en droit français que très peu de valeur quant aux décisions finalement prises. La consultation n’engage personne sinon que le consultant ne peut feindre d’ignorer qu’il n’a pas tenu compte de l’avis du consulté.

La concertation, nous apprend le dictionnaire, est le lieu de la dispute qui doit se conclure par un concert si possible non cacophonique. Il ne s’agit donc pas de co-construire mais d’échanger, de débattre, de ne pas être d’accord pour éventuellement mieux l’être. On ne met donc pas en préalable à une concertation la prescription d’une production, or le terme « co-co » présume, en quelque sorte, l’accord.

Quant à la contribution, elle sert, sur un objet préalablement défini, à demander à des individus ou des groupes de mettre la main à la pâte. Lorsque le contribuable s’acquitte de l’impôt, il voit bien en quoi sa contribution est effective et ce que cela lui a coûté. Pour exemple, le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP) nécessite une contribution des salariés (et du CSE – comité social et économique – depuis peu) et, en ce sens, le Code du travail est clair : « l’employeur retranscrit » cette contribution. Sans celle-ci, pas de DUERP. La direction a alors l’obligation d’organiser cette contribution, d’être claire sur les demandes, les périmètres et le format de la contribution.

La participation s’entend, de son côté, comme le fait de « prendre part ». On peut participer sans rien dire, sans rien produire, sans même écouter, il suffit de prendre place dans une salle. Si le management participatif, dont chaque cadre se réclame dès son entretien d’embauche, consiste à faire en sorte que les salariés se rendent dans des salles, alors il n’est peut-être pas si utile de se former à ce type de management.

La « co-co » ou le refus d’assumer l’autorité

Émettons quelques hypothèses sur cette mode de la « co-co ». La première a trait à l’autorité exercée et vécue. La définition du lien de subordination n’a pas changé depuis qu’elle a été forgée mais les deux parties du contrat de travail ne souhaitent plus forcément en endosser les figures : celui qui subordonne et celui qui est subordonné, sauf pour les travailleurs des plateformes qui ne sont pas salariés et réclament haut et fort d’être mis sous la subordination de quelqu’un afin d’en avoir le pendant : la protection. La hausse du niveau général de formation et, partant, des compétences des salariés, l’accroissement du nombre de cadres, la tertiarisation du travail, la multiplication des fonctions « expert » au sens large, le flou des fonctions dans les organisations rendent plus difficile pour le chef l’exercice de son autorité et pour le salarié de la supporter.

L’avantage du fourre-tout de la « co-co » est de permettre de faire planer un doute sur l’essentiel : qui est chef et de quoi ? Qui a pris ses responsabilités ? Qui a pris des risques ? Qui a donné la ligne, quitte à susciter de la dispute ? Qui a dit exactement ce qu’il attendait, ce qu’il n’attendait pas ? Qui a assumé une vision, quitte à s’être trompé et à le dire ? Qui est revenu vers les salariés pour leur dire ce qui n’avait pas été gardé de leur production et pourquoi ? Qui a étudié les compétences et qualifications de chaque salarié pour déterminer la contribution qui serait la plus efficiente pour l’organisation et la plus enrichissante pour la personne ? Qui a réfléchi à la construction des groupes : de pairs ? de projet ? de ? Qui a réfléchi aux avantages et aux inconvénients du volontariat ou de l’obligatoire ?

La « co-co » comme cache-misère

La deuxième hypothèse pourrait être que co-construire est aux yeux des directions un tour de magie – auquel elles ont fini par croire – pour (re)donner la main aux salariés sur quelque chose à l’heure d’un éloignement – qui semble inexorable – des centres de décision importants. Ce cache-misère concerne aussi bien les managers de proximité que les salariés non-cadres. Les premiers n’ont parfois de managers que le nom et doivent faire avec.

La question qui se pose est de trouver des moyens pour fidéliser tant les managers de proximité que les salariés non-cadres à la fois physiquement (le fameux « grand mouvement », le désir de certains salariés de profiter à plein des accords de télétravail) que psychiquement (désinvestissement, arrêts maladie, travail vécu comme une souffrance, etc.). Dès lors, la « co-co » apparaît comme la solution. Il suffit d’organiser des groupes de travail pour co-construire le nom qui sera donné au nouveau siège, pour rédiger ensemble les valeurs censément uniques d’une entreprise, pour choisir la nouvelle charte graphique du site internet, pour décider du mobilier des open spaces, pour rédiger une fiche de poste dont le modèle émane du siège et qui se termine par la mention « peut être amenée à être modifiée unilatéralement », etc.

À défaut de prendre part aux décisions ou d’apporter leur contribution au contenu et à la manière de réaliser son travail, ou de le faire réaliser (pour les encadrants), on organise une participation sur les à-côtés, autrement dit sur ce qui in fine ne changera pas fondamentalement l’organisation.

Et alors, que faire ?

Il nous semble qu’il convient de dissocier le lien de subordination (donner des ordres, en contrôler l’exécution et en sanctionner les manquements) de la manière dont une direction demande à chaque salarié ou groupe de salariés, dans le cadre de son contrat, d’exercer une action sur le contenu du travail, les process, la communication, les projets, etc. Le pouvoir de direction est l’exercice de l’autorité, l’art de diriger vient ensuite et, à ce titre, on peut décliner des catégories managériales : management concertatif, contributif, pourquoi pas participatif (mais aussi et bien sûr délégatif !), à la condition que les objets soient circonscrits, adaptés et servent la relation de travail. La direction doit impérativement dire aux salariés à quelle étape du processus décisionnel l’avis, la proposition, la contribution, la concertation interviendront. Si « co-co » il y a, ses objets doivent être suffisamment significatifs pour les salariés. Autrement dit, ils ne peuvent pas concerner que les conditions de travail ou les éléments de langage mais déboucher sur un changement, pour la personne, de sa manière de réaliser le travail. Sinon, ce n’est pas de la co-construction car rien n’est bâti, ce sont seulement les papiers peints qui ont changé de couleur.

On rêve de dirigeants devant un tableau blanc, sans Post-it, avec pour consigne de réfléchir à ces modes d’implication, de les nommer, de les justifier et, après, de mettre en œuvre ce que l’on pourrait simplement appeler du… management !

 

jeudi 16 avril 2026

Bloquer les prix et augmenter les salaires


🚗Pour beaucoup de salarié·es, la voiture est indispensable pour aller travailler, faire les courses, accompagner les enfants...

📈Quand le prix du carburant augmente, ce n’est pas un détail : c’est une part de plus en plus importante du salaire qui disparaît et qui va dans la poche des grands groupes. Dans le même temps, loyers, alimentation, dépenses du quotidien… tout augmente sauf nos salaires !
🖊Signer la pétition⤵️
https://www.change.org/p/hausse-du-carburant-nous-refusons-de-payer-pour-travailler
Télécharger le tract CGT▶️ https://www.cgt.fr/sites/default/files/2026-03/20260317_EnergiePrix_Tract_RVB.pdf

Motion de la CSSCT Centrale

mercredi 15 avril 2026

Réponse de l'ANRAS à nos demandes de la semaine dernière : c'est non pour tout !

La semaine dernière, la CGT, FO et Sud écrivaient à l'employeur pour interroger leur action et leur solidarité avec les salarié-es de la protection de l'enfance du Tarn, 9 jours plus tard, voilà la "réponse" de l'employeur

 



 

lundi 13 avril 2026

La mobilisation paye : le 1er mai est et restera férié, chômé et payé !

Ce lundi 13 avril, la CGT et les organisations syndicales ont obtenu que le gouvernement ne passe pas en force sur le 1er mai et ne convoque pas la commission mixte paritaire, indispensable pour valider la proposition de loi.

La loi ne sera donc pas modifiée demain et le 1er mai restera un jour, férié, obligatoirement chômé et rémunéré où seuls de rares secteurs qui, en raison de la nature de leur activité ne peuvent interrompre le travail sont autorisés à faire travailler les salarié·es.

La proposition de loi de Gabriel Attal soutenue par la droite et l'extrême droite, et dénoncée par l’ensemble des syndicats, reposait sur un tissu de mensonges :

  • Elle aurait favorisé les grands groupes, aux dépens du petit commerce indépendant de proximité et des artisans, qui peuvent déjà ouvrir le 1er mai ;
  • Elle ne se serait pas limitée aux boulangeries et aux fleuristes, mais aurait concerné tout le secteur du commerce, de la culture et de l’agroalimentaire ;
  • Elle ne prévoyait pas le fait d'être réellement payé double (200% pour la journée travaillée), et n'aurait pas garanti le fait d'être volontaire face au pouvoir patronal.

Alors que les macronistes voulaient faire du 1er mai une "journée à fort potentiel commercial", le rapport de force a payé. La CGT remercie les dizaines de milliers de personnes qui se sont mobilisées pour interpeller les député·es et signer la pétition ou manifester.

Ils nous ont déjà volé 2 ans de vie avec leur réforme inique des retraites, ont tenté en vain de nous supprimer 2 jours fériés, nous ne les laisserons pas nous voler le 1er mai !

La CGT appelle les travailleuses et les travailleurs à manifester massivement ce 1er mai. C’est NOTRE journée, c’est le jour où se faire entendre pour exiger des augmentations de salaire et des mesures contre la vie chère. C’est le jour où, depuis 140 ans, tous les travailleurs et travailleuses du monde manifestent ensemble pour défendre la paix juste et durable et le progrès social. 

dimanche 29 mars 2026

CPF : l’État frappe les salariés les plus modestes

On en parlait dès 2020 en regrettant l'individualisation du CPF ; le processus de vol de nos droits de travaillleur-ses à la formation arrive à son terme avec la restriction de l'utilisation du CPF interdisant des formations vraiment utiles et favorisant celles qui concourrent au bullshit managerial.

Le sketch de Akim Omiri sur le CPF, lors de l'émission La Riposte du 2 février, reprend avec humour mais justesse ce vol supplémentaire opéré sur notre salaraire différé.

 

Passée cette note d'humour, on vous propose la lecture de cet article de Blast : "Formation professionnelle : l’État frappe les salariés les plus modestes"

La réforme est passée presque inaperçue. Ses effets, eux, sont immédiats. En plafonnant l'utilisation du Compte personnel de formation à 900 euros pour un permis de conduire et à 1500 euros pour les cours de langue et de nombreuses certifications professionnelles, le gouvernement prive des milliers de salariés modestes, de chômeurs et d’étrangers d’un outil de formation qu’ils avaient mis des années à financer.

Retrouvez l'ensemble de l'article gratuitement sur Blast. 

 

 

On en rit

 

mardi 24 mars 2026

De Graulhet à Albi, les salarié-es montrent leur détermination à se défendre !

Alors que le Conseil Départemental du Tarn, présidé par Christophe Ramond, prévoit de supprimer 1,8 millions d'euros pour nos établissements de la protection de l'enfance, avec des conséquences inacceptables  pour l'accueil des jeunes placés, pour les conditions de travail de salarié-es et pour l'emploi avec 33 postes supprimés à la clef ! (notre vidéo explicative est ici)
 
Comptant sur l'apathie et la résignation, le CD81 pensait pouvoir mettre en place tranquillement son plan d'austérité. Mais c'était sans compter sur la détermination des collègues à ne pas se laisser faire, à relever la tête et à résister.
Les collègues du CEP St Jean du Caussels et des MECS La Barthe et St Jean, issu-es des services généraux, administatifs, éducatifs, thérapeutiques, techniques et pédagogiques, ont envoyé un premier signal impressionnant aux financeurs par leur présence à près de 80% de l'effectif lors des réunions organisées par l'intersyndicale CGT-FO-SUD.
 
Différentes dates et formes de mobilisations ont été discutées et unanimement validées. 
[Mise à jour 25/03 - 19:01] 9 avril mobilisation devant le Conseil Départemental, retrouvez le tract intersyndical en cliquant ici
 
Petit retour sur cette belle journée où la détermination à ne plus se baisser la tête et à défendre notre travail, nos jeunes et nos emplois !
 
AG à la MECS La Barthe (Graulhet) - 48 présent-es


AG au CEP/MECS St Jean du Caussels (Albi) - 116 présent-es

Conseil d'administration de l'ANRAS - Flourens, 17h
Le hasard faisant bien les choses, le CA de l'ANRAS (notre employeur à toutes et tous) se tenait à Flourens. L'occasion pour la CGT d'interpeler la dirigeance associative jusqu'alors inactive et muette sur la situation. Nous avions la veille, voter une motion de soutien et d'interpellation au CA ⤵️
 

Motion de soutien et adresse au Conseil d'Administration


 Pour plus d'explications, retrouvez notre vidéo et la déclaration intersyndicale

Lionel Jospin (1937-2026) : 35 heures, privatisations... un bilan social si contrasté

 Article sur la Vie Ouvrière

 

La disparition, le 22 mars, de Lionel Jospin remet en lumière le paradoxe qu’il a incarné : celui d'un dirigeant de gauche qui, tout en menant des réformes sociales emblématiques comme l’instauration de la semaine de 35 heures, ou la mise en place de la Couverture maladie universelle, a aussi porté le tournant libéral de la social-démocratie française. Entre avancées sociales, compromis avec le patronat et désillusions syndicales, NVO.fr revient avec Maryse Dumas sur un quinquennat à Matignon au bilan profondément ambivalent.

« Je suis socialiste d'inspiration, mais le projet que je propose au pays, ce n'est pas un projet socialiste » déclarait Lionel Jospin sur le plateau du JT de France 2, quelques semaines avant la présidentielle de 2002, qu’il perdra au premier tour. Une phrase qui symbolise les contradictions qui auront jalonné la carrière politique de cet ancien trotskiste (lambertiste) devenu leader du Parti socialiste, ministre de l'Éducation nationale, Premier ministre, mort à l'âge de 88 ans le 22 mars 2026. Une complexité qui est surtout celle de son héritage : comment concilier l’homme qui a, entre autres, poussé à l’allègement de la durée du travail hebdomadaire avec la loi sur les 35 heures, instauré la Couverture médicale universelle, qui étend à tous la prise en charge des soins, et celui qui a accompagné tant de privatisations, et leurs cortèges de dégâts sociaux ?

Maryse Dumas l’a bien connu. Celle qui était secrétaire confédérale de la CGT et membre de la délégation de la centrale au moment des négociations sur l'emblématique réforme des 35 heures, revient sur le bilan social contrasté de son quinquennat à Matignon pour nous aider à y voir plus clair.

Un premier geste encourageant

En 1997, Jacques Chirac, président de la République depuis deux ans, dissout l'Assemblée nationale dans l'espoir d’y renforcer la majorité RPR-UDF. C'est le contraire qui a lieu lorsque la coalition de la « gauche plurielle » (PS, PCF, Verts, Mouvement des citoyens, Parti radical de gauche et divers gauche) obtiennent 319 sièges contre 257 pour la droite. Lionel Jospin est nommé Premier ministre et forme un gouvernement issu des diverses formations de la coalition. De quoi susciter une forte attente parmi les représentants des travailleurs. « Lorsqu'il a été nommé, il a souhaité rencontrer les organisations syndicales avant le discours de politique générale, ce qui était une innovation » se souvient Maryse Dumas, alors secrétaire confédérale de la CGT. « On avait trouvé ça intéressant, puisque bien sûr, on estimait que le succès de la gauche aux législatives avait beaucoup à voir avec le mouvement de novembre-décembre 1995. »

Ce mouvement de mobilisation et de grève s'opposait au plan Juppé, un projet de réforme austéritaire des retraites et de la sécurité sociale. La DARES estime à 4 millions le nombre de jours de grèves cumulés sur cette période de trois semaines. Un rapport de force intense qui mènera le gouvernement a retirer une partie de sa réforme concernant les retraites (mais conservera la réforme de la Sécurité sociale, dont le budget sera désormais voté à l'Assemblée nationale). Un mouvement dans lequel la CGT était alors particulièrement engagée.

« Alors, le fait que le nouveau Premier ministre souhaite rencontrer les organisations syndicales pour élaborer, en quelque sorte, son discours de politique générale, on l’avait trouvé très positif. Dans la délégation il y avait Louis Viannet qui était secrétaire général de la confédération, Jean-Christophe Le Duigou et moi-même. Viannet, comme à son habitude, avait préparé des propositions qu'il a présentées lors d'une intervention très dense. Mais Lionel Jospin n’a absolument pas discuté des propositions de la CGT ni dit quoi que ce soit de ce qu’étaient ses propres intentions. C’était très étonnant d’avoir à la fois un premier acte que nous, nous considérions comme un acte politique important qui, en fait, est devenu un simple acte de communication. »

La question décisive des salaires

Le Premier ministre et sa ministre de l’Emploi et de la Solidarité, Martine Aubry, convoquent quelques mois plus tard une conférence sur l'emploi, les salaires et le temps de travail, le 10 octobre 1997, à Matignon. L'objectif est clair : préparer la réduction du temps de travail à 35 heures hebdomadaires, comme le réclamaient notamment la CGT et la CFDT. Le gouvernement espérait que diminuer le temps de travail individuel permettrait de « partager » le travail, et donc de créer davantage d'emplois. « C’est un petit peu bizarre parce qu’on savait qu’on était là pour la journée. Lionel Jospin, en ouverture de séance, fait un premier discours. On éclate en ateliers, la journée se passe et il revient sur le coup de 17 heures, si ma mémoire est bonne. Là, il annonce deux lois pour instaurer les 35 heures au 1er janvier 2000. »

Mais dans la réduction du temps de travail, la question du maintien des salaires est décisive, et opposera les différents syndicats. « Je n’ai plus en tête les formulations exactes, mais pour nous, l’analyse qu’on faisait du discours de Jospin, c’était que les salariés allaient payer la réduction de la durée du travail sur leur salaire ou sur l'organisation du travail. »

Deux lois decrescendo

La première loi, votée en 1998, conditionne les allègements de cotisations sociales des employeurs à la signature d'un accord majoritaire au sein de leur entreprise pour la réduction du temps de travail, avec 10% de réduction du temps de travail et 8 % d'embauches. « C’est la loi qui a permis le plus d’aspects positifs sur les 35 heures. »

Mais celle votée en 2000 voit les conditionnements des allègements largement revus à la baisse. Il n'est plus nécessaire d'avoir un accord de réduction du temps de travail, mais plutôt un accord sur la semaine de 35 heures. Ce qui permet d'organiser des semaines de 35 heures sans pour autant diminuer le temps de travail. « C’est là qu’interviendront toutes les modifications sur, par exemple, le calcul du temps de travail effectif, ou les temps de pause, qui permettront au patronat de signer des accords de 35 heures alors qu’en fait, les salariés n’auront pas bénéficié de réduction de la durée réelle du travail, il y aura simplement eu des ajustements. »

Comment expliquer cette occasion manquée pour la gauche majoritaire ? « Le patronat a été très combatif » concède Maryse Dumas. Lorsque Jospin annonce les lois sur les 35 heures en 1997, Jean Gandoy fulmine et démissionne du Conseil national du patronat français (CNPF) qu’il présidait, lequel devient à cette période le mouvement des entreprises de France (Medef). « Gandoy a dit qu'il fallait un « tueur » pour les 35 heures, et Ernest-Antoine Seillière est devenu président du Medef, avec la ferme ambition de contrer cette mesure. » La vision de la société et du travail nourrie par ce dernier, qui est toujours celle du Medef aujourd'hui, est que les accords doivent être des accords uniquement d’entreprises. En d’autres termes, ce qui se fait en entreprise devrait l'emporter du point de vue de la hiérarchie des normes, par rapport à ce qui se fait au niveau national. « Les 35 heures pour ça, c’était un ballon d’essai pour le patronat. C’est-à-dire qu’ils ont réussi à retourner la loi, dont la deuxième mouture est beaucoup plus favorable à leur vision de la société que la première, favorisant les accords différents selon les rapports de forces singuliers à chaque entreprise. »

Le temps de la désillusion

Une désillusion donc, au tournant du millénaire, alors que le gouvernement Jospin entre par ailleurs dans une phase intense de privatisations et d'ouvertures de capitaux d'entreprises publics : France Telecom, Air France, Le Crédit lyonnais (LCL)… « C’est quand même un des gouvernements qui a le plus privatisé. » En parallèle, le gouvernement n'intervient pas dans la fermeture de l'usine Renault à Vilvorde, alors que Jospin avait défilé aux cotés des ouvriers pendant sa campagne en mars 1997. Lorsque le fabricant de pneus Michelin annonce supprimer 7 500 emplois, le Premier ministre au passé trotskiste prononce sur l'antenne de France 2 la célèbre phrase : « il ne faut pas attendre tout de l'État ou du gouvernement » (souvent paraphrasée en « l'État ne peut pas tout »), qui demeurera comme un symbole de la compromission de la gauche avec l'économie de marché.

Bref, des patrons de plus en plus véhéments, un libéralisme montant de toutes parts, et un Premier ministre socialiste au milieu de tout ça… Alors, Lionel Jospin a-t-il péché par manque de volonté ? Maryse Dumas nous dit son mot, en forme de conclusion : face à l’offensive patronale, « On a eu le sentiment d'un Premier ministre dirigeant, ce n'était pas une marionnette, il savait où il allait et avait véritablement une sensibilité de gauche. Mais la question fondamentale, c'est : jusqu’où était-il en situation, et jusqu’où voulait-il affronter le capital et le patronat ? Les 35 heures n’ont pas pu être complètement mises à son crédit lorsque le temps des nouvelles élections est venu, en 2002. Parce que ça a laissé un goût mitigé parmi les salariés. On considère qu’une partie d'entre eux a vraiment gagné aux 35 heures, mais qu’une autre y a perdu. Cette partie qui y a perdu, c’est surtout les salariés en flexibilité, dont la flexibilité s’est aggravée, les salariés en précarité ,les temps partiels, entre autres. En somme, toutes les couches populaires. »

mercredi 18 mars 2026

Préparer la resistance face aux coupes honteuses du CD81

 On vous alertait ce week-end sur les dangers pour les enfants accompagnés et l'emploi, les salarié-es s'organisent pour gagner. D'ores et déjà, deux Assemblées Générales sont posées le 24 mars (une à Graulhet et une à Albi). L'appel à ces réunions est de fait dans une démarche d'unité syndicale (même si chaque organisation fait son propre appel).